Bottes de roses rouges à gauche et de roses blanches à droite, emballées dans du papier kraft et posées dans des seaux en plastique noir, alignées sur le sol de béton mouillé d'une halle de marché de gros, chariots et caisses en arrière-plan

Repères

Le prix d’une rose, du grossiste à la boutique

Ce que la fleur coûte avant d’arriver chez le fleuriste, ce qu’on paie ensuite, et pourquoi février ne fait pas monter toutes les roses.

Le prix d’une rose se lit à deux endroits, et ils ne racontent pas la même histoire : entre 0,70 et 2,00 euros hors taxes la tige au marché de gros, et un bouquet entre 25 et 45 euros chez les enseignes en ligne. Ces deux chiffres viennent de relevés datés, l’un public et officiel, l’autre fait à la main. Entre les deux, il se passe des choses qui expliquent l’écart, et une saison qui ne se comporte pas du tout comme on le croit.

Ce qu’une rose coûte au marché de gros

Il existe une donnée publique que peu de gens connaissent : chaque jour de marché, des enquêteurs relèvent les cours pratiqués au MIN de Rungis, et FranceAgriMer les publie librement. C’est le Réseau des nouvelles des marchés, et la rose y a sa page, mise à jour cotation après cotation.

Voici ce qu’elle affichait au marché du 27 août 2026, en euros hors taxes pour dix tiges, cours grossistes :

Libellé coté Les 10 tiges Soit la tige
Rose mini en branche, Pays-Bas cat. I, 50 cm 7,00 € 0,70 €
Rose Avalanche, Pays-Bas cat. I, 60 cm 10,00 € 1,00 €
Rose toutes variétés, Équateur cat. I, 50 cm 10,00 € 1,00 €
Rose Red-Naomie, Pays-Bas cat. I, 60 cm 10,50 € 1,05 €
Rose, Équateur cat. I, 70 cm 11,00 € 1,10 €
Rose Red-Naomie, Pays-Bas cat. I, 70 cm 12,50 € 1,25 €
Rose Red-Naomie, Pays-Bas cat. I, 80 cm 19,00 € 1,90 €
Rose Avalanche, Pays-Bas cat. I, 70 cm 20,00 € 2,00 €

Il n’existe donc pas un prix moyen d’une rose, mais une fourchette : du simple au triple selon la variété, la longueur et la provenance. Le relevé donne aussi un mini et un maxi dans la journée, et ils s’écartent : la rose Avalanche de 60 cm est cotée à 10 euros en moyenne, avec des transactions entre 5 et 15 euros les dix tiges le même jour. Un prix de gros n’est pas un tarif, c’est le résultat d’une matinée de négociations.

Retenez cet ordre de grandeur, il servira pour la suite : le prix d’une rose à l’unité tourne autour d’un euro au stade du gros pour une variété ordinaire, et monte à deux euros pour une tige longue.

Ce qu’on paie de l’autre côté du comptoir

De l’autre côté, j’ai relevé le 29 août 2026 les prix affichés par cinq enseignes de vente de fleurs en ligne, sur leurs pages consacrées aux roses. Quarante-neuf prix, dont voici la forme :

Enseigne Le moins cher Prix médian Le plus cher
Aquarelle 7,90 € 24,90 € 100,00 €
Le Jardin des Fleurs 16,00 € 44,90 € 75,00 €
Florajet 23,90 € 45,90 € 170,00 €
France Fleurs 29,90 € 40,90 € 120,00 €
Carrément Fleurs 39,99 € 44,91 € 53,91 €

Il faut dire tout de suite ce que ces chiffres ne permettent pas de faire, sinon la comparaison serait malhonnête : ce sont des prix de bouquets, pas des prix à la tige. Un bouquet peut en contenir sept, douze ou vingt-cinq, avec ou sans feuillage, livré ou non, et le nombre de tiges n’est pas toujours affiché. Diviser l’un par l’autre donnerait un chiffre net et faux.

Ce que le relevé montre en revanche sans ambiguïté, c’est la zone : le bouquet de roses de milieu de gamme se situe entre 25 et 45 euros chez ces enseignes en août 2026, avec un plancher autour de 8 à 16 euros pour les petites compositions et un plafond qui monte au-delà de 100 euros pour les grandes.

Ce qu’il y a entre les deux prix

L’écart entre un euro la tige et un bouquet à quarante euros n’est pas une marge, et c’est l’erreur la plus commune sur ce sujet. Entre le seuil du marché de gros et le vase de votre salon, il y a une chaîne entière : le transport en froid, la casse et l’invendu (une fleur coupée périt, ce qui n’est vrai ni du meuble ni du livre), le temps de conditionnement, l’emballage, le local commercial, et pour la vente en ligne la logistique de livraison à domicile.

C’est pourquoi le prix d’une rose chez un fleuriste ne se déduit pas de la cotation du matin : on n’y achète pas une tige, on y achète une tige choisie, nettoyée, conservée au froid, assemblée et emballée, dans un local qu’il faut payer.

Un chiffre officiel donne la mesure de ce que pèse ce travail. Selon la fiche filière horticulture publiée par FranceAgriMer, sur l’ensemble des végétaux achetés par les ménages français en 2023, le fleuriste représente 9 % des volumes mais 45 % des sommes dépensées. Autrement dit, on achète peu chez lui en quantité, et c’est pourtant là que va presque la moitié de l’argent. Ce n’est pas un indice de cherté, c’est la signature d’un métier où la valeur ajoutée est le travail sur la fleur, pas la fleur.

Février fait monter la rose rouge, et elle seule

On répète volontiers que le prix des roses s’envole à la Saint-Valentin. L’historique douze mois du même relevé public permet de vérifier, et la réponse est plus intéressante que la formule.

En comparant, pour chaque libellé coté, la moyenne de février 2026 à la moyenne des autres mois de la période (septembre 2025 à juillet 2026) :

Libellé coté Février 2026 Reste de l’année Écart
Red-Naomie 70 cm (rouge, Pays-Bas) 19,88 € 13,23 € +50 %
Red-Naomie 60 cm (rouge, Pays-Bas) 13,88 € 9,57 € +45 %
Red-Naomie 80 cm (rouge, Pays-Bas) 19,71 € 16,57 € +19 %
Avalanche 60 cm (blanche, Pays-Bas) 11,25 € 9,47 € +19 %
Avalanche 70 cm (blanche, Pays-Bas) 16,00 € 15,04 € +6 %
Avalanche 80 cm (blanche, Pays-Bas) 17,75 € 17,65 € +1 %
Rose, Équateur, 70 cm 14,00 € 14,11 € −1 %
Toutes variétés, Équateur, 50 cm 9,50 € 10,94 € −13 %

Le prix d’une rose rouge et celui d’une rose blanche ne suivent donc pas la même courbe. La hausse de février est réelle, mais elle est concentrée sur la rose rouge néerlandaise, celle qu’on offre le 14. La rose blanche de la même origine bouge à peine, et la rose d’Équateur ne bouge pas du tout, quand elle ne baisse pas. Ce n’est pas « la rose » qui augmente à la Saint-Valentin, c’est une couleur, sur une origine.

Ce décalage tient à une chose simple : la rose vendue en février ne vient pas d’un jardin français, où la floraison n’a pas commencé. Le calendrier du rosier, celui des variétés qui refleurissent jusqu’aux gelées comme celui des anciennes qui ne donnent qu’une fois, est détaillé dans mon article sur la saison des roses.

Deux précautions sur ce tableau, parce qu’un chiffre présenté sans ses limites vaut moins qu’un ordre de grandeur assumé. D’abord, ce sont des moyennes mensuelles, et le service qui les publie prévient lui-même qu’une seule cotation suffit à faire la moyenne d’un mois : sur un produit très saisonnier, un mois peu coté est un mois fragile. Ensuite, la période mesurée ne couvre qu’un seul mois de février. Un second hiver dirait si le phénomène se répète, et je le reprendrai ici quand il sera disponible.

La longueur de tige, le levier qu’on ne regarde pas

Le tableau du 27 août contient une autre leçon, plus utile au quotidien que la saison. Prenons la même variété, la même origine, la même catégorie, le même jour, et faisons varier la seule longueur :

Rose Red-Naomie, Pays-Bas cat. I Les 10 tiges
60 cm 10,50 €
70 cm 12,50 €
80 cm 19,00 €

Vingt centimètres de tige en plus, et le prix augmente de 81 %. Sur la rose Avalanche du même jour, l’écart entre 60 et 70 cm allait même du simple au double. La longueur de tige est le premier facteur de prix d’une rose, avant la couleur et avant la variété, parce qu’elle traduit la qualité de culture et parce qu’une tige longue occupe plus de place à chaque étape du transport.

C’est aussi le levier le plus simple pour qui commande : demander des tiges plus courtes, sur la même variété, fait baisser la facture sans rien changer à la fleur qu’on regarde. Dans un vase bas ou une composition dense, personne ne verra jamais les vingt centimètres qui manquent.

D’où elles viennent

Un détail du tableau de cotation raconte à lui seul l’économie de la fleur coupée en France : sur huit libellés relevés, six portent la mention « Pays-Bas » et deux « Équateur ». Aucun ne dit « France ».

Les chiffres du commerce extérieur confirment ce que la cotation laisse voir. Toujours d’après la fiche filière de FranceAgriMer, établie à partir des données de la Douane française, les importations françaises de produits de l’horticulture ornementale atteignaient 1 milliard d’euros en 2023, pour un déficit commercial de 981 millions. Les fleurs coupées y représentent 28 % de la valeur importée, et les Pays-Bas fournissent à eux seuls 60 % de la valeur totale des importations, les échanges avec l’Union européenne en représentant 93 %.

La rose que vous achetez à Lyon ou à Nantes a donc, dans la grande majorité des cas, transité par une criée néerlandaise, quel que soit le pays où elle a poussé. Cela explique pourquoi son prix suit des cours qui se forment ailleurs, et pourquoi il bouge d’une semaine à l’autre sans que le fleuriste y soit pour quelque chose.

Le prix rapporté à la durée

Il manque une dimension à tout ce qui précède, et c’est celle qui compte le plus quand on achète pour décorer plutôt que pour offrir : combien de temps la fleur reste belle. Un bouquet de roses fraîches à 40 euros tient de cinq à dix jours dans de bonnes conditions. Rapporté à la semaine, c’est un des postes de décoration les plus coûteux de la maison.

C’est exactement le calcul qui m’a fait basculer vers la fleur séchée. Non pas parce que la rose fraîche serait chère, elle ne l’est pas au regard du travail qu’elle porte, mais parce que je rachetais la même chose tous les quinze jours pour la même étagère. Une composition qui dure change la nature de la dépense : elle devient un objet, pas une consommation.

Les roses se prêtent d’ailleurs très bien au séchage, et c’est la meilleure façon de prolonger un bouquet reçu plutôt que de le regarder faner : la méthode de séchage à l’air libre leur convient, à condition de s’y prendre avant que les pétales ne commencent à tomber. Pour du blanc ou du rouge qui tienne des années sans entretien, la fleur stabilisée tient de un à trois ans, à un coût d’entrée plus élevé et un coût à l’année bien plus bas.

Un dernier chiffre, parce qu’il surprend et qu’il éclaire le marché : toujours selon la même source, 22 % de la valeur des végétaux achetés par les ménages français va au deuil, cimetière et obsèques. C’est plus que les sapins de Noël, et c’est le premier usage floral du pays en valeur après la décoration courante. J’ai consacré un article à ce que coûte et à ce que signifie une couronne de fleurs pour un enterrement.

Ce que cet article ne couvre pas

Les prix cités sont ceux d’un jour de marché (27 août 2026) et d’un relevé en ligne (29 août 2026) : ils vieilliront, et la page sera reprise plutôt que corrigée en silence. Il ne s’agit pas non plus des prix pratiqués par un fleuriste de quartier, que personne ne publie de façon centralisée, ni des tarifs événementiels (mariage, réception), qui relèvent du devis et non du catalogue. Enfin, la cotation publique porte sur Rungis : c’est la place de référence, ce n’est pas la France entière.