Comment faire sécher une rose, et la garder des années
Le stade de coupe, la suspension tête en bas, le gel de silice pour une rose déjà ouverte, et ce que deviennent les couleurs en séchant.
Comment faire sécher une rose ? En la coupant à demi ouverte, en retirant ses feuilles, et en la suspendant tête en bas dans une pièce sombre, sèche et aérée pendant deux à trois semaines. C’est la méthode qui réussit dans la grande majorité des cas, et elle ne demande rien d’autre qu’un fil et un clou. Le gel de silice prend le relais quand la rose est déjà largement ouverte, ou quand on tient à sa forme exacte. Le reste, la couleur qui fonce, les pétales qui cassent, se décide avant la coupe, et c’est par là que je commence.
Première étape, couper la rose au bon stade et par temps sec
Une rose se sèche à demi ouverte. Les pétales extérieurs sont dépliés, le cœur reste fermé. Plus ouverte, elle perd ses pétales pendant le séchage ; en bouton serré, elle sèche en restant fermée et ne ressemble plus à grand-chose. Le stade se lit sur la fleur, pas sur le calendrier : une rose de jardin l’atteint en un ou deux jours de chaleur, une rose de fleuriste achetée en bouton peut mettre une semaine dans le vase.
La coupe se fait en fin de matinée, une fois la rosée partie, et jamais après une pluie. La règle vient des herbiers, où l’enjeu est le même : Tela Botanica, le réseau des botanistes francophones, l’écrit dans sa fiche sur la réalisation d’un herbier : « Les plantes ne doivent pas être récoltées un jour de pluie ou s’il y a beaucoup de rosée car les échantillons risquent de pourrir au séchage. » Une rose qui entre humide dans le séchage moisit au cœur avant d’avoir séché en surface, et on ne le voit qu’en la touchant, trois semaines plus tard.
On coupe avec une tige de vingt à trente centimètres, on retire toutes les feuilles, qui sèchent mal et retiennent l’humidité contre la tige, et on garde les épines : elles ne gênent pas et elles tiennent le fil. Si la rose vient d’un bouquet offert, on la traite pareil, à condition qu’elle ne soit pas déjà fatiguée : une rose qui a passé cinq jours dans un vase sèche, mais elle sèche fanée. La saison des roses au jardin dit quand les couper pour en avoir à sécher tout l’été.
La suspension tête en bas, la méthode qui suffit presque toujours
On attache un fil ou un élastique au bas de la tige, et on suspend la rose tête en bas, dans une pièce sombre, sèche et où l’air circule. Un placard fermé ne convient pas, une cave humide non plus. Un couloir sans fenêtre, un grenier ventilé, le dessus d’une armoire dans une chambre peu chauffée font l’affaire. La lumière est l’ennemie de la couleur, l’humidité est l’ennemie de la forme.
Tête en bas, parce que la tige sèche en se raidissant dans la position où elle est. Suspendue, la rose sèche droite, avec la fleur dans l’axe. Posée dans un vase vide, elle sèche courbée, la tête penchée, et rien ne la redresse ensuite.
Je suspends mes roses une par une, à quelques centimètres d’écart, plutôt qu’en botte. En botte, les têtes se touchent, l’air passe mal entre elles, et il y en a toujours une au milieu qui garde son humidité plus longtemps que les autres. Pour la lavande ou le statice, la botte est parfaite ; pour une rose, chaque fleur mérite son fil.
Comptez deux à trois semaines, selon la taille de la fleur et l’humidité de la pièce. La rose est sèche quand la tige casse net au lieu de plier et que les pétales sont rigides, avec le toucher d’un papier fin. Un pétale encore souple, c’est trois jours de plus.
Le gel de silice pas à pas, pour une rose déjà ouverte
La suspension ratatine un peu la fleur : les pétales se resserrent en séchant, la rose sèche plus petite qu’elle n’était. Pour une rose largement ouverte, ou pour une rose à laquelle on tient et dont on veut garder la forme exacte, le gel de silice fait mieux. Ce sont les petits sachets glissés dans les boîtes de chaussures, vendus au poids en jardinerie ou en loisirs créatifs, et ils se réutilisent après un passage au four doux.
On coupe la tige court, à deux ou trois centimètres sous la fleur. On verse deux centimètres de gel au fond d’une boîte hermétique, on pose la rose dessus, tête en haut, puis on verse le gel doucement tout autour et entre les pétales, à la cuillère, jusqu’à la recouvrir. On ferme, et on attend entre trois jours et une semaine. La rose sort avec sa forme, ses couleurs plus proches du frais, et une fragilité nouvelle : elle se manipule par le dessous, jamais par les pétales.
Sans tige, elle ne va pas dans un vase. C’est la rose des compositions posées, des cloches en verre, des couronnes, des cadres. Le guide du séchage des fleurs détaille la méthode au gel de silice pour les autres espèces, et les durées de chacune.
Ce que deviennent les couleurs
Une rose séchée n’a pas la couleur d’une rose fraîche, et le savoir avant de couper évite une déception à l’arrivée. Le rouge fonce et tire vers le bordeaux, parfois presque le brun sur les variétés très sombres. Le rose tient bien, en pâlissant un peu. Le blanc ne reste pas blanc : il vire au crème, à l’ivoire, parfois au beige. Le jaune pâlit et le orange s’assourdit. Les roses bicolores gardent leur dessin, mais avec les deux tons rapprochés.
Le gel de silice conserve mieux les couleurs que la suspension, et une pièce vraiment sombre les conserve mieux qu’un couloir éclairé. Passé le séchage, c’est l’exposition qui décide de la suite : une rose sèche posée en plein soleil perd sa couleur en un été.
Conserver une rose quelques jours, ou pour toujours
Ce sont deux questions différentes, et elles n’ont pas la même réponse. Pour garder une rose fraîche quelques jours de plus, on recoupe la tige en biseau, on retire les feuilles qui tremperaient, on change l’eau tous les deux jours et on éloigne le vase du soleil et des fruits, qui font mûrir les fleurs comme ils font mûrir les autres fruits. On gagne trois ou quatre jours, rarement plus.
Pour la garder des mois ou des années, on la sèche, et le moment de le décider compte : une rose qu’on sèche le jour où on la reçoit sèche belle, une rose qu’on sèche quand elle commence à faner sèche fanée. J’ai attendu trop longtemps sur une rose offerte que je voulais garder, en profitant d’elle dans le vase jusqu’au dernier jour. Elle a séché avec ses pétales du bas déjà tombés, et c’est le souvenir qui reste sur l’étagère. Depuis, je sèche la moitié du bouquet le premier jour et je garde l’autre moitié dans l’eau.
Il existe une troisième voie, la rose stabilisée, qui n’est ni fraîche ni séchée : sa sève est remplacée par une solution à base de glycérine, et elle garde la souplesse et la couleur du frais pendant des années. Elle s’achète toute faite, et on peut aussi s’y essayer chez soi, avec des résultats inégaux selon la fleur : j’explique la méthode et ses limites dans comment stabiliser des fleurs.
Les techniques qui ne marchent pas avec une rose
La presse. Une rose entière est trop épaisse pour sécher sous presse : le cœur reste humide et brunit. Sous presse, on sèche des pétales détachés, un par un, entre deux feuilles de papier absorbant qu’on change tous les deux jours. Ils servent aux cadres et aux cartes.
Le four et le micro-ondes. Ils sèchent vite et ils cuisent la fleur en même temps : pétales cassants, couleurs ternes, et parfois une odeur de foin. J’ai essayé une fois sur une rose dont je n’attendais rien, et le résultat a fini au compost.
La laque. Vaporiser de la laque sur une rose fraîche ne la sèche pas, elle pourrit dessous. Sur une rose déjà sèche, un voile léger de laque à cheveux peut limiter la chute des pétales au moment de la manipuler, mais il fixe aussi la poussière, et la rose ne se nettoie plus.
Une fois sèche, la faire durer
Une rose sèche se garde hors du soleil direct, loin de la vapeur d’une cuisine ou d’une salle de bains, et loin des courants d’air qui la font s’effriter. La poussière se retire au pinceau doux ou au sèche-cheveux à froid, à distance. Une rose séchée par suspension tient plusieurs années dans une pièce sèche, une rose au gel de silice aussi, à condition de ne pas la toucher.
Le jour où elle commence à perdre ses pétales, on ne la jette pas : les pétales vont dans un bol, une coupelle, un cadre ou une bougie coulée, à condition de savoir où passe la flamme, et la tige nue avec sa tête réduite tient encore dans un bouquet sec, derrière les autres. Une rose séchée n’a pas de date de fin, elle a des usages qui changent.