Planche d'herbier terminée sur papier crème : fleurs sauvages pressées et étiquette manuscrite à l'encre

Pas à pas

Faire un herbier

La méthode qui marche, les espèces qui tiennent, et celles qu’on n’a tout simplement pas le droit de cueillir.

Un herbier, ça se rate rarement par manque de technique. Ça se rate parce qu’on a cueilli la mauvaise plante, ou qu’on a ouvert le livre trop tôt. Le reste (le papier, la presse, la colle) compte beaucoup moins qu’on ne le croit.

Sommaire

1. Cueillir : le bon stade, et ce qui est interdit

Commençons par le point qui devrait venir en premier, et qu’on découvre en général trop tard.

Ce qu’on n’a pas le droit de ramasser

Plusieurs centaines d’espèces sont protégées en France, au niveau national ou régional. Les cueillir, même une seule tige, même pour un herbier scolaire, est une infraction. Les plus susceptibles de croiser votre chemin :

  • les orchidées sauvages, toutes espèces confondues (orchis, ophrys, céphalanthère) ;
  • le lys martagon, l’ancolie des Alpes, l’edelweiss, la gentiane en montagne ;
  • les fritillaires, la nivéole, plusieurs espèces de jonquilles sauvages ;
  • tout ce qui pousse dans un parc national ou une réserve naturelle : là, c’est la totalité de la flore qui est protégée, y compris les espèces communes.

La liste complète et les arrêtés régionaux sont consultables sur l’Inventaire national du patrimoine naturel. En pratique, deux réflexes suffisent : dans le doute on photographie au lieu de cueillir, et on évite tout ce qui a l’air rare ou spectaculaire.

Un troisième réflexe, moins réglementaire mais tout aussi utile : on ne prélève jamais plus d’un pied sur dix sur une même station, l’endroit précis où l’espèce pousse, et jamais la plante entière avec ses racines si elle est vivace.

Panier en osier posé dans une prairie haute, rempli de marguerites, boutons d’or et trèfles fraîchement cueillis

Le bon stade

Une plante en pleine floraison, mais dont les fleurs viennent d’ouvrir. Trop tôt, les boutons restent fermés pour toujours ; trop tard, les pétales tombent pendant le pressage.

Idéalement, prélevez la plante entière : tige, feuilles, fleur, et racine si c’est une annuelle. Un herbier n’est pas un bouquet. Ce qu’on cherche à conserver, c’est l’identité de l’espèce, et la feuille en dit souvent plus que la fleur.

Le bon moment

Fin de matinée, par temps sec. La rosée est partie, la chaleur n’a pas encore ramolli les tissus. C’est exactement la même règle que pour faire sécher des fleurs en bouquet, et pour la même raison : c’est l’eau de surface qui fait moisir, pas celle des tissus.

Jamais après une pluie. Une plante mouillée pressée entre deux feuilles de papier, c’est une tache brune garantie.

J’ai mis longtemps à m’y tenir. Un beau coin repéré la veille, une averse dans la nuit, et on y va quand même parce qu’on est déjà dehors. Les planches de ces jours-là se reconnaissent des années après, à la tache.

2. Les quatre méthodes de pressage

Méthode Durée Couleur Matériel Pour qui
Livre 2 à 4 semaines bien conservée rien le cas général
Presse à fleurs 2 à 3 semaines bien conservée presse (15-40 €) volumes réguliers
Fer à repasser quelques minutes ternie, parfois brûlée fer + papier urgence, enfants
Micro-ondes 1 à 3 minutes aléatoire presse micro-ondes essais

Autant le dire franchement : la méthode du livre suffit pour à peu près tout, et c’est celle que les herbiers de musée utilisent encore aujourd’hui, à l’échelle près. La presse dédiée n’apporte qu’un gain de régularité si vous pressez souvent.

Le fer à repasser circule beaucoup dans les tutoriels pour enfants. Ça fonctionne, à condition d’accepter une couleur ternie et un risque réel de brûler les pétales fins. Le micro-ondes, lui, donne des résultats trop irréguliers pour être recommandé.

Et si vous cherchez à conserver le volume d’une fleur plutôt qu’à l’aplatir, le pressage n’est pas la bonne technique : c’est le gel de silice qu’il vous faut, décrit dans ma méthode de séchage.

3. Le pressage au livre, pas à pas

Fleurs sauvages disposées entre deux feuilles de papier buvard dans un gros livre ouvert

  1. Préparez la plante. Secouez la terre des racines, retirez les insectes, épongez si nécessaire. Étalez les feuilles dans la position où vous voulez les voir : elles ne bougeront plus.
  2. Placez entre deux buvards. Du papier buvard, du papier journal non imprimé ou de l’essuie-tout : jamais de papier couché, qui n’absorbe rien. Le papier journal imprimé, lui, décharge son encre sur les pétales clairs.
  3. Glissez dans un livre épais, en laissant au moins cinquante pages entre deux plantes. Un dictionnaire ou un annuaire fait parfaitement l’affaire. Ajoutez du poids par-dessus.
  4. Changez les buvards à 48 heures, puis une fois par semaine. C’est l’étape que tout le monde saute, et c’est elle qui fait la différence entre une couleur vive et un brun terne : le papier gorgé d’humidité la rend à la plante.
  5. Attendez. Deux semaines pour une pâquerette, quatre pour une tige charnue.

La plante est prête quand elle est rigide et froide au toucher. Une plante encore souple contient de l’eau, remettez-la sous presse, elle moisira sinon dans son cadre, avec deux mois de décalage. C’est la même cause qui fait jaunir un cadre de fleurs séchées au bout d’une saison.

4. Ce qui se presse bien, ce qui rate

Excellentes Correctes, avec précaution Ratent presque toujours
pâquerette, bouton d’or, pensée, cosmos, fougère, graminées, trèfle, véronique, myosotis, coquelicot (fragile mais superbe) rose (pétales séparés), pivoine (idem), lavande, hortensia (fleuron par fleuron) tulipe, jacinthe, narcisse, muguet, plantes grasses, tout ce qui est charnu

La règle est la même que pour le séchage : plus une plante est épaisse et gorgée d’eau, moins elle se presse. Une pâquerette est déjà presque plate, elle réussit toujours. Une jacinthe est un réservoir d’eau, elle pourrit sous presse.

Le cas des fleurs épaisses

Rose, pivoine, dahlia : on ne les presse pas entières. On détache les pétales un par un et on les presse séparément, quitte à recomposer la fleur ensuite sur la planche. C’est plus long, mais c’est la seule façon d’obtenir autre chose qu’une bouillie brune.

5. Combien de temps, vraiment

Type de plante Au livre En presse
Pétale seul, fougère, graminée 10 à 14 jours 7 à 10 jours
Fleur plate (pâquerette, pensée) 2 semaines 10 jours
Plante entière avec tige 3 semaines 2 semaines
Tige charnue, bouton épais 4 semaines 3 semaines

Les « trois jours » qu’on lit dans certains tutoriels correspondent au fer à repasser, pas au pressage. Rien ne remplace l’attente, et une plante rentrée trop tôt ne se rattrape pas.

6. Monter et annoter ses planches

Plusieurs planches d'herbier annotées à la plume, vues du dessus sur une table en bois

Le montage classique tient en trois éléments : une feuille de papier épais (160 g minimum), la plante fixée, et une étiquette.

Pour la fixation, oubliez la colle liquide, qui gondole le papier et jaunit. Les herbiers de référence utilisent des bandelettes de papier gommé qui enjambent la tige. C’est réversible, et ça permet de retourner la planche pour observer le dessous d’une feuille. À défaut, du ruban adhésif sans acide.

L’étiquette se place en bas à droite, par convention. Elle porte au minimum :

  • le nom de l’espèce, en français et si possible en latin ;
  • le lieu précis de récolte : « bord de la D12, commune de X » vaut mieux que « en Ardèche » ;
  • la date ;
  • le milieu : sous-bois, prairie sèche, bord de ruisseau ;
  • votre nom.

Ces mentions ne sont pas de la coquetterie. C’est ce qui distingue un herbier d’une collection de fleurs plates, et c’est aussi ce qui le rend intéressant à rouvrir dix ans plus tard.

Rangez les planches à plat, dans une chemise cartonnée, à l’abri de la lumière. Un herbier bien tenu se conserve des décennies : les collections du Muséum comptent des planches du XVIIIe siècle encore parfaitement lisibles.

7. De l’herbier au cadre

Cadre en verre contenant des fleurs pressées, accroché sur un mur clair

C’est le prolongement naturel, et c’est là que l’herbier devient objet de décoration. Trois choses changent par rapport à la planche d’étude.

Le cadre double vitrage, deux plaques de verre qui prennent la fleur en sandwich, sans fond, donne le rendu le plus élégant : la plante semble flotter, et la lumière passe au travers. Comptez 25 à 60 € pour un format A4 chez un encadreur, moins en kit.

La composition se pense autrement : une seule tige bien placée vaut mieux qu’un remplissage. Le vide fait partie du sujet, exactement comme dans une composition florale.

L’exposition est le vrai piège. Une fleur pressée derrière un verre, face à une fenêtre, perd sa couleur en une seule saison. Un mur sans soleil direct, et le cadre tiendra des années. C’est le même ennemi que pour les fleurs stabilisées : la lumière, toujours.

8. Les erreurs qui gâchent tout

  1. Ne pas changer les buvards. L’humidité reste piégée et la plante brunit. C’est de loin la première cause d’échec.
  2. Cueillir mouillé. Après la pluie ou avec la rosée, la tache brune est presque assurée.
  3. Presser une plante charnue. Aucune technique ne sauve une jacinthe.
  4. Utiliser du papier journal imprimé. L’encre migre sur les pétales clairs.
  5. Ouvrir trop tôt. Si la plante plie encore, elle contient de l’eau.
  6. Coller à la colle liquide. Le papier gondole, la colle jaunit.
  7. Exposer au soleil. Des mois de patience effacés en une saison.
  8. Cueillir une espèce protégée. C’est une infraction, et c’est évitable en trente secondes de vérification.

À lire ensuite