Un plan d’eau calme au soleil bas. À gauche, des feuilles de nénuphar posées à plat sur la surface, échancrées d’une fente, et une fleur blanche à cœur jaune qui affleure. À droite, trois feuilles de lotus rondes et sans fente, dressées à une trentaine de centimètres au-dessus de l’eau sur leurs tiges, des gouttes rassemblées en billes sur leur surface.

Repères

Lotus ou nénuphar, ce qui les sépare vraiment

Deux plantes de familles différentes, une seule sort de l’eau, et une seule finit en composition séchée.

Le lotus et le nénuphar ne sont pas deux variétés de la même plante, ce sont deux familles botaniques distinctes, et la différence se voit sans se pencher : les feuilles du nénuphar flottent à plat sur l’eau, celles du lotus se dressent au-dessus, portées par une tige. Une seule des deux a une descendance en décoration séchée, et c’est le lotus, à cause de la capsule qu’il laisse après la floraison. Le nénuphar, lui, ne donne rien de comparable, et il se cueille encore moins.

Ce qui se voit à trois mètres

Le critère est la hauteur, pas la fleur. Les feuilles du nénuphar reposent sur la surface, fendues d’une échancrure en V qui va jusqu’au centre. Celles du lotus sont rondes et pleines, sans fente, et elles montent à trente ou soixante centimètres au-dessus de l’eau sur une tige raide. Une fois qu’on l’a vu, on ne se trompe plus.

La fiche de Tela Botanica reprend la description ancienne de Coste pour le nénuphar blanc, et elle tient en une ligne : « Feuilles larges, suborbiculaires en coeur – fleurs blanches, rarement roses, grandes, flottantes, à odeur suave ». Le mot qui compte est le dernier avant l’odeur. Flottantes. C’est le nénuphar qui flotte, et lui seul.

Deux autres différences se remarquent au toucher, si l’occasion se présente. La feuille de lotus est couverte d’une cire qui fait perler l’eau en billes qui roulent sans mouiller la surface. Celle du nénuphar se mouille normalement. Et la fleur de lotus se tient elle aussi en hauteur, alors que celle du nénuphar affleure.

Deux familles, et pas un cousinage

La confusion vient du français courant, pas de la botanique. Le nénuphar blanc est Nymphaea alba, de la famille des Nymphéacées. Le lotus sacré est Nelumbo nucifera, seul genre avec un cousin américain dans la famille des Nélumbonacées. Les deux ne sont pas cousines de près : leur ressemblance vient du même mode de vie, pas d’une parenté.

L’Inventaire national du patrimoine naturel, tenu par le Muséum national d’histoire naturelle, donne au nénuphar blanc les noms de « Nymphéa blanc », « Nénuphar blanc » et « Lys des étangs », et au lotus ceux de « Lotus sacré », « Lotus » et « Lotus indien ». Trois noms chacun, aucun partagé, et pourtant les deux sont parfois proposés sous la même étiquette.

Ce que dit l’inventaire national, et qui change tout

C’est là que les deux plantes cessent d’être interchangeables, et le contraste est net dans les fiches du Muséum.

Nénuphar blanc Lotus sacré
Nom scientifique Nymphaea alba Nelumbo nucifera
Protection inscrite sur des listes de protection locales non protégée
Liste rouge nationale préoccupation mineure pas de données
Intérêt patrimonial espèce déterminante ZNIEFF pas de statut de déterminance
Feuilles flottantes, échancrées dressées, rondes et pleines
Après floraison fruit qui mûrit sous l’eau capsule dressée, qui sèche sur pied

Deux lignes méritent d’être lues deux fois. Le nénuphar blanc est « inscrit sur des listes de protection locales » et il est « espèce déterminante ZNIEFF », c’est-à-dire que sa présence sert à délimiter des zones naturelles d’intérêt. Le lotus sacré, lui, est « non protégé » et sans statut de déterminance : il n’est pas d’ici.

La conséquence pratique tient en une phrase. Une plante inscrite sur une liste de protection locale ne se prélève pas dans la nature, et les listes changent d’un département à l’autre, ce qui rend la question inutile à trancher au cas par cas : on ne cueille pas de nénuphar. C’est la même logique que pour l’herbe de la pampa, sur un autre motif.

L’eau qui perle, et ce que ça dit de la feuille

La feuille de lotus a une propriété qui porte son nom dans les laboratoires : l’effet lotus. Sa surface est couverte de minuscules reliefs eux-mêmes enduits de cire, si bien qu’une goutte n’y adhère pas. Elle se met en bille, roule, et emporte la poussière au passage. Une feuille de lotus reste donc propre toute seule.

Ça se vérifie en trente secondes au bord d’un bassin, et c’est le test le plus rapide quand la hauteur ne suffit pas à trancher, par exemple sur de jeunes feuilles encore couchées. Versez un peu d’eau sur le limbe. Sur le lotus, elle forme une perle mobile. Sur le nénuphar, elle s’étale.

La capsule, et pourquoi elle est partout

Voilà ce qui explique qu’on croise le lotus dans toutes les compositions séchées et jamais le nénuphar. Après la floraison, le lotus laisse un réceptacle en forme de pomme d’arrosoir, dressé sur sa tige, percé d’alvéoles où logent les graines. Il sèche debout, sur la plante, et il garde sa forme sans traitement.

C’est un objet de composition idéal pour trois raisons qui n’ont rien de mystérieux. Il apporte une forme géométrique dans un bouquet qui n’en a pas, il tient sur une tige assez rigide pour se planter sans support, et il ne se déforme pas en vieillissant. On le trouve brut, blanchi, ou teinté.

Le nénuphar n’offre rien d’équivalent. Son fruit mûrit sous l’eau et se désagrège : il n’y a pas de pièce à sécher. Sa fleur, elle, se fane vite et se prête mal au séchage à l’air, comme toutes les fleurs très gorgées d’eau. Si le sujet du séchage vous intéresse au-delà des aquatiques, la méthode générale est détaillée dans le guide du séchage.

J’ai acheté ces capsules pendant deux ans en les appelant des nénuphars, parce que c’est le nom que j’avais entendu au marché. Personne ne m’a corrigée, et l’étiquette ne disait rien. C’est en cherchant à en faire pousser que j’ai compris que je m’étais trompée de plante depuis le début.

Dans un bassin, ce qu’ils demandent

Les deux vivent en eau douce, et c’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun côté culture. Le nénuphar blanc est chez lui sous nos climats : le Muséum le donne dans onze types d’habitats en France. Il s’installe en eau calme et supporte l’hiver sans qu’on s’en occupe, à condition que le rhizome soit hors de portée du gel.

Le lotus demande davantage. Il lui faut de la chaleur pour fleurir, un plein soleil, et une eau qui se réchauffe vraiment en été, ce qui le rend capricieux au nord de la Loire. Beaucoup de bassins de jardin en portent des feuilles magnifiques et pas une fleur, faute d’un été assez long.

Le choix se fait donc moins sur le goût que sur la latitude. Un bassin de région tempérée fleurira en nénuphars sans effort, et fera pousser un lotus sans le voir fleurir une année sur deux.

Reconnaître une vraie capsule à l’achat

En composition, la capsule se vend sous plusieurs états et tous ne se valent pas. Une capsule brute garde une teinte brun-gris mate et des alvéoles bien ouvertes ; c’est celle qui vieillit le mieux et la seule qui ne bouge pas de couleur. Une capsule blanchie a subi un traitement décolorant qui l’éclaircit et la fragilise un peu : elle se fend plus facilement si on force en la piquant. Une capsule teintée, elle, peut déteindre au contact d’un support clair en cas d’humidité.

Deux points à regarder avant d’acheter, quel que soit l’état. La tige d’abord : elle doit être droite et rigide sur au moins quinze centimètres, sinon la pièce ne tiendra pas dans un montage sans fil de fer, et une capsule rafistolée se voit. Les graines ensuite : si elles bougent encore dans les alvéoles, elles finiront par tomber sur le meuble. Les capsules destinées à la décoration en sont normalement vidées.

Le reste est une question de proportion. Une capsule mesure entre cinq et dix centimètres de diamètre, ce qui en fait une pièce lourde visuellement : une seule suffit dans un bouquet de taille moyenne, et deux se regardent en chien de faïence. C’est le même raisonnement que pour les grosses fleurs dans une composition, où la pièce dominante se compte au singulier.

Un mot sur le troisième nom qui traîne

Il existe une Nymphaea lotus, appelée nénuphar du Nil ou lotus blanc d’Égypte, et c’est elle qui met tout le monde d’accord dans le mauvais sens : son nom d’espèce est « lotus » alors qu’elle appartient au genre des nénuphars. Une bonne partie des lotus de l’iconographie égyptienne sont en réalité des nymphéas.

Ce n’est pas un détail d’érudition quand on achète : sous le mot « lotus », un vendeur peut proposer trois plantes différentes. Le nom scientifique sur l’étiquette est le seul repère qui ne mente pas. Nelumbo pour celui qui sort de l’eau et donne des capsules, Nymphaea pour ceux qui flottent.