Trois boutures de rosier de vingt centimètres plantées dans un pot en terre cuite rempli de sable et de terreau, deux ou trois jeunes feuilles au sommet de chacune, un sécateur à manches rouges posé à côté sur une table en bois

Entretien

Bouturer un rosier en septembre, la méthode qui prend

Le bon bois, la bonne saison, et pourquoi le verre d’eau sur le rebord de la fenêtre finit rarement en rosier.

Une bouture de rosier se fait en fin d’été ou au début de l’automne, sur une tige de l’année devenue ferme et brune à la base, coupée en tronçon de vingt à vingt-cinq centimètres, plantée aux deux tiers dans un mélange qui draine, à l’ombre, et qu’on laisse tranquille jusqu’au printemps. C’est la version courte. Le reste de cette page explique chaque mot de cette phrase, parce que c’est dans les détails que mes premières boutures ont échoué.

Quand bouturer un rosier, et pourquoi septembre

Le bouturage est possible à plusieurs moments de l’année, et la fiche que la Société nationale d’horticulture de France consacre aux rosiers buissons le dit sans détour : « Le bouturage au printemps ou en automne est également possible dans de nombreux cas, mais n’apporte pas la même satisfaction. » La phrase compare au greffage, qui reste la méthode des professionnels. Pour un jardin, le bouturage a un avantage que le greffage n’a pas : il ne demande ni porte-greffe ni tour de main, seulement du temps.

La fin d’été réunit trois conditions. La tige de l’année a fini de pousser et a durci, ce que les jardiniers appellent le bois aoûté, du nom du mois où ça se produit. Le sol est encore chaud, ce qui aide les racines à se former. Et la plante entre en repos, donc elle ne dépense plus son énergie à faire des fleurs. C’est aussi la période que retiennent les producteurs de porte-greffes : la revue Jardins de France, dans son numéro 644, décrit une plantation des boutures « en plein champ en fin d’été, début d’automne ».

Étape 1, choisir et couper le bon bois

Le même article donne les dimensions que les professionnels retiennent : « Les boutures sont faites à partir de bois aoûté de calibre 8 à 10 mm de diamètre et de 20 à 25 cm de long. » Autrement dit, le diamètre d’un crayon, la longueur d’une main ouverte et un peu plus. Je prends la tige qui a porté une fleur cet été, je retire la fleur fanée, et je garde la portion du milieu : le sommet est encore trop tendre, la base trop vieille.

Une bonne bouture porte trois ou quatre yeux, ces petits renflements à l’aisselle des feuilles d’où repartiront les pousses. Je coupe en biais juste sous un œil, à la base, et droit juste au-dessus d’un œil, au sommet. Le biais n’a rien de magique : il me sert surtout à reconnaître le bas du haut quand on a dix tronçons sur la table. Une bouture plantée à l’envers ne prend pas.

Tous les rosiers ne se bouturent pas avec le même bonheur. Les rosiers anciens, les grimpants et les petits rosiers à fleurs groupées reprennent presque à chaque fois. Les gros hybrides à grandes fleurs, ceux qu’on achète greffés en jardinerie, sont plus capricieux, et il faut en planter plusieurs pour en garder un.

Étape 2, préparer et planter la bouture

Je retire toutes les feuilles sauf les deux du sommet, que je coupe de moitié si elles sont grandes : sans racines, la bouture ne peut pas alimenter un feuillage entier, et une feuille qui transpire trop dessèche la tige. Les épines de la partie enterrée partent aussi, d’un coup de pouce.

Le substrat doit drainer. Moitié sable de rivière, moitié terreau, dans un pot profond ou directement en pleine terre au pied d’un mur au nord. La bouture s’enfonce aux deux tiers, on tasse autour, on arrose une fois pour coller la terre à la tige. Ensuite le pot va à l’ombre, à l’abri du vent, et il n’en bouge plus.

L’hormone de bouturage n’est pas indispensable, mais elle aide. Dans Jardins de France encore, Noëlle Dorion écrivait en 2013 que « L’utilisation de l’auxine peut améliorer et régulariser les résultats, augmenter la quantité et parfois la qualité des racines produites. » L’auxine est l’hormone naturelle de la plante, celle que la poudre du commerce imite. Une pointe de couteau sur la base humide suffit. On peut s’en passer sur les rosiers faciles et la réserver aux autres.

Étape 3, attendre, et comprendre ce qui se passe sous la terre

C’est la partie qu’on ne voit pas, et c’est celle qui explique la patience qu’il faut. La bouture est une blessure. Le même article de 2013 décrit ce qui suit : « La blessure, provoquée par la séparation de la plante mère, conduit à la réactivation cellulaire et à la mise en place des méristèmes racinaires. » La coupe cicatrise d’abord, forme parfois un bourrelet qu’on appelle le cal, et les racines naissent à côté de ce cal, sous l’effet de l’auxine que la plante fabrique elle-même.

Tout ça prend des semaines, et pendant ce temps rien ne se voit au-dessus. Les deux feuilles peuvent même tomber, ce qui ne veut pas dire que la bouture est morte. L’erreur que j’ai faite le plus souvent est de tirer doucement sur la tige pour « voir si ça tient ». Ça tenait. Après, ça ne tenait plus. Les racines naissantes cassent au premier mouvement, et la bouture repart de zéro ou ne repart pas.

Le test qui ne casse rien : au printemps, des pousses vertes sortent des yeux du haut et grandissent au lieu de sécher. Une bouture qui se contente de rester verte tout l’hiver ne prouve rien, une tige coupée peut rester verte des mois sur ses réserves.

La méthode du verre d’eau, et pourquoi elle déçoit

J’ai longtemps fait comme tout le monde : une tige dans un verre d’eau sur le rebord de la fenêtre. Des racines apparaissent, fines et blanches, et c’est très encourageant. Puis la bouture passe en terre et meurt en quinze jours. Ça arrive assez souvent pour qu’on arrête.

Ce que j’en comprends, sans prétendre l’avoir mesuré : les racines formées dans l’eau sont faites pour l’eau. Elles sont fragiles, sans les poils qui vont chercher l’humidité dans un sol, et le passage en terre est un choc qu’elles supportent mal. Une bouture qui fait ses racines directement dans un substrat les fait tout de suite pour la terre. Si vous tenez au verre d’eau, passez la bouture en pot dès les premières racines, à un centimètre, pas quand elles font dix.

Les autres méthodes de bouturage, et ce qu’elles valent

La bouture à talon. Au lieu de couper la tige, on l’arrache d’un coup sec vers le bas pour emporter un petit morceau d’écorce de la branche porteuse, le talon. Cette zone est riche en cellules capables de faire des racines, et la reprise est souvent meilleure sur les rosiers difficiles. Le talon se rafraîchit au couteau pour ne laisser qu’une languette propre. C’est la variante à essayer sur les hybrides à grandes fleurs.

La bouture sous bouteille. Une bouteille en plastique coupée, retournée sur la bouture, fait une petite serre qui garde l’air humide autour des feuilles. Ça marche bien pour les boutures faites plus tôt en saison, en juillet, sur du bois encore souple, qu’on appelle semi-aoûté. En septembre je m’en passe : le bois dur se dessèche moins vite et l’humidité sous cloche finit par faire pourrir.

La pomme de terre. On enfonce la base de la bouture dans une pomme de terre crue, et on plante le tout. L’idée est que le tubercule garde la tige humide et lui fournit de quoi vivre. Rien n’indique qu’elle fasse mieux qu’un sable maintenu humide, et les pommes de terre ont une fâcheuse tendance à germer. Une bouture n’a pas besoin de nourriture, elle a besoin d’eau régulière et d’air : le sable et le terreau font ça très bien.

La bouture en hiver, à bois dormant. Elle se pratique en novembre ou décembre sur du bois complètement lignifié, planté dehors, et elle ne fait rien de visible avant mai. Elle réussit surtout sur les rosiers vigoureux et les rosiers de haie. Elle dépanne les années où septembre est passé trop vite.

Le calendrier, en une saison

Fin août à début octobre, la coupe et la plantation, un jour gris de préférence. D’octobre à mars, rien : la bouture reste dehors, à l’ombre, dans une terre qu’on maintient à peine humide, jamais trempée. En cas de fort gel annoncé, un voile ou un pot rapproché du mur. Mars à mai, les premières pousses. Juin, un premier arrosage plus généreux et un peu de compost en surface si la pousse est franche. Septembre ou octobre suivant, la mise en place définitive, un an après la coupe. Première floraison digne de ce nom la deuxième ou la troisième année.

Cinq réponses courtes

Combien de boutures pour un rosier ? Cinq ou six pour en garder deux, sur un rosier facile. Dix pour un difficile. Les tiges ne manquent jamais en septembre, et ce qui ne prend pas ne coûte que le pot.

Faut-il arroser souvent ? Non. Le substrat doit rester frais au doigt, à un centimètre de profondeur, et c’est tout. L’excès d’eau tue plus de boutures que la sécheresse : une tige sans racines n’absorbe presque rien, et l’eau qui stagne fait pourrir la coupe avant qu’elle ait cicatrisé.

Une bouture de rosier greffé donne-t-elle le même rosier ? Oui, à condition de prendre la tige au-dessus du point de greffe, là où pousse la variété. Une tige partie du pied, sous le bourrelet de greffe, est de l’églantier, et vous obtiendrez un églantier. Il fait de belles fleurs simples en mai et des fruits rouges en automne, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas ce que vous vouliez.

Peut-on bouturer une rose du bouquet ? C’est possible, et c’est rarement satisfaisant. Les roses de fleuriste viennent de variétés sélectionnées pour la tige et la tenue en vase, cultivées sous serre, souvent sur des porte-greffes qu’on n’a pas. La tige a en plus passé des jours dans l’eau. Quand ça prend, on obtient un rosier fragile, sensible aux maladies, qui supporte mal l’hiver dehors. Un rosier de jardin, même modeste, vaut mieux.

Quand sait-on que c’est gagné ? Quand la bouture a passé son premier été dehors avec des feuilles qui restent vertes en pleine chaleur. Avant, tout peut encore arriver.

La méthode en sept étapes, à garder sous la main

Pour ceux qui veulent le pas à pas sans le commentaire, voici comment je procède, dans l’ordre, un matin de septembre.

  1. Choisir la tige : une pousse de l’année qui a fleuri, ferme, brune à la base, du diamètre d’un crayon, sans tache ni trace de maladie.
  2. Couper le tronçon : vingt à vingt-cinq centimètres dans la partie médiane, en biais sous un œil à la base, droit au-dessus d’un œil au sommet, avec un sécateur propre et affûté pour une coupe nette qui cicatrise vite.
  3. Dégarnir : retirer toutes les feuilles sauf les deux du haut, réduites de moitié, et les épines de la partie qui sera enterrée.
  4. Préparer le pot : un pot profond, percé, rempli à moitié de sable de rivière et à moitié de terreau, tassé et humidifié. Ou un sillon en pleine terre au nord d’un mur, enrichi de sable.
  5. Planter : la base éventuellement trempée dans l’hormone, la bouture enfoncée aux deux tiers, la terre tassée autour avec les doigts, un arrosage pour coller le tout. Plusieurs boutures peuvent partager un grand pot, espacées de la largeur d’une main.
  6. Placer : à l’ombre, à l’abri du vent, et ne plus déplacer. Étiqueter, parce qu’en mars on a oublié laquelle est laquelle.
  7. Attendre : la terre à peine humide tout l’hiver, aucune traction sur la tige, et le verdict au printemps quand les yeux du haut poussent pour de bon.

Le matériel tient dans une main : un sécateur, un pot, du sable, du terreau, une étiquette. L’hormone est le seul achat optionnel, et un petit pot en dure des années. Le reste est du temps, et le temps, au jardin, ne se remplace par rien.

Et après

La bouture passe l’hiver en place. En région froide, le pot se rapproche d’un mur ou s’enterre jusqu’au bord dans un coin du jardin. Au printemps, quand les pousses ont bien démarré, on peut la mettre à sa place définitive, ou attendre l’automne suivant, ce qui donne un plant plus solide. Les plantations d’octobre sont le bon moment pour ça.

Un rosier de bouture a une qualité que le rosier greffé n’a pas : il pousse sur ses propres racines. Aucun rejet d’églantier ne viendra jamais l’envahir par le pied, ce qui arrive aux rosiers greffés qu’on néglige. En échange il démarre plus lentement, et les premières vraies fleurs attendent souvent la deuxième ou la troisième saison des roses. Le rosier qui fleurit aujourd’hui contre ma clôture vient d’une tige coupée chez une voisine il y a longtemps. Il n’a rien coûté, et c’est celui auquel je tiens le plus.