Une couche de broyat de jardin étalée au pied d’un arbuste à tiges multiples : des morceaux de bois et de tiges de tailles très inégales, mêlés de fragments de feuilles vertes et brunes, et un cercle de terre nue laissé libre autour du collet

Entretien

Le broyat, ce qu’il fait au sol et à quelle épaisseur

Broyer ses branches sans broyeur, étaler la bonne épaisseur, et les deux idées reçues qui font hésiter : la faim d’azote et les résineux.

Le broyat, ce sont des végétaux du jardin réduits en morceaux, branches de taille, feuilles mortes, tontes, que l’on étale ensuite au pied des plantes en guise de paillage. L’épaisseur usuelle est de 5 cm, moins si la matière est humide, davantage si elle est sèche et légère. Le broyage divise le volume par cinq environ, ce qui change tout quand il faut décider entre étaler et transporter. Et deux craintes reviennent toujours, la faim d’azote et les résineux : la première est réelle mais mal située, la seconde ne tient pas.

Ce qu’est le broyat, et ce qu’il n’est pas

Le broyat est une matière, pas une méthode. C’est ce qui sort du broyeur, de la tondeuse ou de la cisaille : des morceaux de bois, de feuilles et de tiges, de quelques millimètres à quelques centimètres.

Ce n’est pas du compost. Le compost est le résultat d’une décomposition qu’on a conduite dans un tas, humide et retournée. Le broyat est cru. Il se décomposera lentement, sur place, sous les plantes.

Ce n’est pas exactement du BRF non plus. Le bois raméal fragmenté est un broyat particulier, fait de jeunes rameaux de feuillus, et l’ADEME le définit précisément dans sa série de fiches sur le broyage-paillage : des rameaux de moins de sept centimètres de diamètre. Sa richesse en lignine en fait autre chose qu’un paillis ordinaire, et il demande des précautions que le broyat courant ne demande pas.

Et ce n’est pas un paillis du commerce. Un paillis vendu en sac est calibré, sec, souvent d’une seule essence. Un broyat maison mélange tout ce que le jardin a donné cette semaine, avec des morceaux inégaux et de l’humidité variable. Ça se voit à l’œil et ça change les règles d’emploi, comme on va le voir sur l’épaisseur.

Le produire sans broyeur, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas

La question arrive tout de suite, parce qu’un broyeur coûte cher et sert trois week-ends par an. La réponse dépend du diamètre.

Jusqu’à un centimètre environ, une cisaille à haies et un peu de patience suffisent. L’ADEME le dit sans détour dans sa fiche consacrée à la production du broyat : « Broyer sans broyeur, c’est possible ! », à condition de tailler fréquemment et de rester sur de petites quantités. Un taille-haie à batterie fait le même travail plus vite.

Jusqu’à deux centimètres, et pour les feuilles sèches, c’est la tondeuse qui travaille. On étale les branchages sur la pelouse, on passe dessus, et le bac récupère un mélange de feuilles et de bois déjà fin. Les feuilles mortes se traitent exactement pareil, et c’est la façon la plus rapide d’en faire quelque chose.

Au-delà, il faut une machine. Location à la journée, prêt entre voisins, ou service de broyage à domicile proposé par certaines collectivités.

Le gain n’est pas seulement du volume. J’ai longtemps chargé mes tailles dans la remorque, et je faisais deux allers-retours par an. Depuis que je broie, ce que je sortais du jardin y reste, et je ne charge plus rien.

L’épaisseur, et pourquoi cinq centimètres

C’est le chiffre qui manque partout et qui décide du résultat. L’ADEME le donne dans sa fiche sur le paillage, avec ses variantes :

« Une épaisseur de broyat de 5 cm est l’usage, mais on peut s’arrêter à 2-3 cm si les matières sont riches en lignine ou humides, ou aller jusqu’à 10-15 cm si les matières sont plutôt cellulosiques et sèches. »

Traduit en matières de jardin : un broyat de branches, dense et un peu humide, se pose fin. Des feuilles mortes ou des tiges sèches et creuses, qui se tassent en séchant, se posent épais. C’est pour ça qu’un tas de feuilles à quinze centimètres n’a rien d’excessif alors qu’un broyat de bois à la même hauteur étoufferait.

Deux réflexes vont avec l’épaisseur. Gratter et désherber le sol avant, racines et rhizomes compris, parce qu’un paillage ne tue pas un liseron installé. Et dégager le collet des plantes, cette zone où la tige rencontre les racines : un paillis qui vient s’y coller garde de l’humidité contre une écorce qui n’est pas faite pour ça.

Quand on étale, et quand on attend

Le paillage est utile toute l’année, mais pas n’importe quel jour.

Au printemps, une fois le sol réchauffé. Pailler un sol froid le maintient froid, et les semis attendent d’autant plus.

Jamais sur un sol gelé ni détrempé. On enferme l’état dans lequel on trouve le sol.

Une dizaine de jours après une plantation, pas le jour même. Les jeunes plants ont besoin de ce délai pour s’installer et devenir moins appétissants pour les limaces et les rongeurs, que le paillis abrite.

En été, pour limiter l’évaporation, et en automne sur un sol encore chaud, pour le garder tiède plus longtemps.

La faim d’azote, ce qu’elle est et où elle se produit

C’est la crainte qui fait renoncer, et elle mérite d’être remise à sa place.

Le phénomène est réel : pour décomposer une grande quantité de matière carbonée, les micro-organismes du sol puisent de l’azote, et cet azote-là n’est plus disponible pour les plantes pendant un temps. Un sol qui vient de recevoir beaucoup de bois jeune peut donc jaunir ses cultures.

Mais il faut deux conditions, et c’est là que la crainte se déplace. Il faut une grosse quantité de matière très carbonée, et il faut qu’elle soit incorporée au sol, mélangée à la terre. Un broyat posé en surface, en couche de cinq centimètres, ne rencontre le sol que par sa face inférieure. L’échange est lent, et c’est exactement ce qu’on cherche.

Le cas qui demande vraiment de la prudence est le BRF, et l’ADEME le formule ainsi : « Il est recommandé de ne pas semer dans un sol couvert de BRF, celui-ci pouvant produire une faim d’azote, et de laisser passer plusieurs années entre deux apports de BRF. »

Ne pas semer, donc, pas ne pas pailler. La nuance change la conduite du jardin : on paille les massifs, les arbustes et les vivaces, et on garde les zones de semis nues jusqu’à la levée.

Les résineux n’acidifient pas le sol

Voilà l’idée reçue la plus tenace, et elle a une conséquence concrète : on met les branches de thuyas, de cyprès et de pins à la déchèterie alors qu’une haie de conifères est souvent ce qui produit le plus de matière au jardin.

L’ADEME est catégorique : « Contrairement aux idées reçues, ne pas hésiter à pailler avec des broyats d’espèces considérées comme problématiques du fait de leur teneur en résine comme les conifères, ou en tanins comme certains feuillus. » La même fiche ajoute que le caractère acide qu’on leur prête est « souvent surévalué », et qu’en sol calcaire un paillage plutôt acide fait même tendre le pH vers la neutralité.

Il reste une chose vraie derrière la légende : beaucoup de plantes du jardin d’ornement aiment franchement l’acidité. Hortensias, rhododendrons, azalées, myrtes, rosiers. Un broyat de conifères sous un hortensia n’est pas une faute, c’est un accord.

J’ai mis des années à broyer mes thuyas. Je les emportais, parce qu’on m’avait dit qu’ils brûlaient tout. Ils sont sous les hortensias depuis trois saisons, et les hortensias vont bien.

Ce que le paillage change au sol, mécaniquement

La couche ne fait pas qu’empêcher les indésirables de lever. Elle intervient physiquement, et la Société nationale d’horticulture de France, sur son portail Jardiner Autrement, décrit un effet qu’on ne voit jamais venir :

« Lors de fortes pluies, les gouttes ricochent sur le sol », écrit le portail, et elles « peuvent répandre sur les plantes des spores de champignons responsables de maladies », l’oïdium et le mildiou étant les exemples donnés.

Un sol nu renvoie donc vers le feuillage ce qui dormait à sa surface. Une couche de broyat casse ce rebond. C’est le même mécanisme qui explique la croûte de battance : les gouttes fragmentent les agrégats de terre, les particules comblent les porosités, et le sol sèche en une croûte dure et imperméable. Le paillage empêche les deux d’un coup.

S’y ajoute ce qui vit dessous. Vers de terre, collemboles, cloportes travaillent la matière en surface et la transforment en humus, et ils ne le font que si la surface reste humide et sombre.

Ce que j’en fais, saison par saison

Les tailles d’hiver passent au broyeur en février et vont directement sous les arbustes, en couche fine. Les feuilles d’automne passent à la tondeuse et se posent épais sur les massifs qu’on ne travaillera pas avant le printemps. Les tontes, elles, sèchent deux jours avant d’être étalées, sans quoi elles forment une galette qui pourrit au lieu de se décomposer.

Ce qui reste nu, chez moi, ce sont les carrés de semis et les zones où je fais les plantations d’automne. Tout le reste est couvert du 1er mars au premier gel, et les arrosages d’été ont visiblement diminué depuis.

Un effet de bord qu’on ne voit qu’au bout de deux ans : le bois qui se décompose sous le broyat abrite les larves de hanneton rhinocéros, et celles-ci attirent l’insecte qui les parasite. C’est ainsi qu’on finit par croiser une scolie des jardins sur les ombelles du fond, un hyménoptère de quatre centimètres qui impressionne et ne pique pas.

Une remarque pour finir, qui relève du plaisir plus que de la technique. Un broyat de tiges de graminées, d’hydrangeas fanés et de tiges creuses fait un paillage clair et léger, très différent d’un paillis d’écorce, et il vieillit en gris argent. Sur les massifs d’ornement, ça se voit, et c’est le genre de détail qui décide de ce qu’on garde pour le séchage et de ce qu’on broie.