Une tige fine de liseron enroulée en spirale serrée autour de la tige verte d’une autre plante, portant trois petites fleurs en entonnoir blanches lavées de rose et des feuilles à base échancrée en fer de flèche

Entretien

Le liseron des champs, et pourquoi l’arracher le multiplie

Un rhizome qui descend à plus d’un mètre, chaque fragment qui repart : ce qui marche vraiment contre lui, et ce qui l’installe.

Le liseron des champs ne s’élimine pas à l’arrachage, et c’est même le geste qui l’installe : son rhizome descend à plus d’un mètre, il casse quand on tire, et chaque morceau resté en terre redonne un plant. Ce qui marche est plus lent et moins satisfaisant : épuiser la plante en coupant ses tiges à ras dès qu’elles montent, couvrir le sol pour lui retirer la lumière, et accepter que ça prenne deux ou trois saisons.

Ce qu’il y a sous la terre

Tout se joue là, et c’est ce qu’on ne voit pas.

Le liseron des champs, Convolvulus arvensis de son nom latin, est une vivace à rhizomes de la famille des convolvulacées. La fiche HYPPA de l’INRAE, qui décrit les adventices des cultures, donne le chiffre qui explique tous les échecs : « Rhizome jusqu’à plus de 100 cm de profondeur. »

Plus d’un mètre. Aucun outil de jardin ne va là. Une fourche-bêche descend à vingt-cinq centimètres, un motoculteur à trente. Ce qu’on remonte est le sommet d’un réseau qui continue en dessous, et les tiges souterraines s’étalent aussi latéralement sur plusieurs mètres.

Pourquoi arracher aggrave

Le rhizome est cassant. Il rompt sous la traction, et le morceau qui reste ne meurt pas.

Jardiner Autrement, le portail de la Société nationale d’horticulture de France, le formule sans détour : « Lorsque les conditions sont favorables à leur développement, chaque morceau de rhizome peut donner un nouveau plant. » Le même document rappelle qu’il « peut aussi se propager et se multiplier, grâce à ses rhizomes par lesquels se développent de nouvelles pousses ».

Un coup de motobineuse dans une zone envahie fait donc exactement ce qu’il ne faut pas : il découpe le réseau en dizaines de boutures et les répartit. C’est la raison pour laquelle un massif « nettoyé » au printemps revient plus dense en juillet qu’il ne l’était.

J’ai fait ça pendant deux ans sur une bordure. Chaque printemps je bêchais, chaque été le liseron revenait plus serré, et je mettais ça sur le compte du terrain.

Ce qui l’affaiblit vraiment

La stratégie qui marche ne vise pas les racines, elle vise les réserves. Une vivace qui refait des feuilles puise dans son rhizome, et si on lui retire ces feuilles avant qu’elles n’aient rendu ce qu’elles ont coûté, elle s’épuise.

Couper à ras, souvent, et sans exception. Dès qu’une tige dépasse, on la sectionne au sol. Toutes les deux semaines en pleine saison. C’est fastidieux et c’est le seul geste qui compte vraiment.

Couvrir. Un paillage épais, du carton, une bâche opaque sur une zone qu’on peut sacrifier une saison. Sans lumière, les pousses s’étiolent et consomment sans reconstituer. Sur une bordure de massif, un paillage de broyat ne le tuera pas mais le ralentit franchement et facilite le reste.

Occuper la place. Le liseron colonise ce qui est nu. Des vivaces denses, un couvre-sol vigoureux, un gazon serré lui laissent beaucoup moins d’entrées.

Le labour profond est cité comme le seul travail mécanique qui obtienne un résultat, et encore : la fiche Infloweb, portail technique sur les adventices, précise qu’il « permet un affaiblissement du liseron mais les rhizomes de ce dernier ne seront toutefois pas détruits ». Et elle ajoute que « l’utilisation d’outils de déchaumage à disques favorise la propagation de l’adventice ». Ce qui vaut au champ vaut au jardin : fragmenter, c’est semer.

L’autre réservoir, celui des graines

Gagner contre les rhizomes ne suffit pas, et c’est la mauvaise nouvelle qui explique les rechutes après trois années propres.

Le liseron produit aussi des graines, et elles attendent. La fiche Infloweb note que « La dormance physiologique est importante » et que « Les graines germent facilement à profondeur moyenne (5 cm) ». Traduit : un stock dort dans le sol, il ne lève pas d’un coup, et chaque remuement de terre en ramène une part à la bonne profondeur.

C’est le second argument contre le bêchage, et il vaut indépendamment du premier. On croit ouvrir le sol, on réveille une réserve.

Le calendrier aide à choisir ses moments. Les germinations démarrent au printemps dès que le sol atteint douze à treize degrés, et la floraison s’étale de juillet à septembre. Couper avant la floraison, c’est retirer autant de graines du stock à venir. Une tige qui a fleuri et qu’on laisse monter en capsule fait le travail inverse.

Les trois remèdes qui ne marchent pas

Le vinaigre blanc. Il brûle le feuillage en quelques heures, ce qui est spectaculaire et sans effet : le rhizome est intact et repart. On a supprimé les feuilles sans les faire travailler, donc on a fait moins bien qu’une coupe à ras.

Le sel. Il tue, y compris ce qu’on voulait garder, et il reste. Un sol salé le demeure des années et ne se rince pas à volonté. Sur une allée gravillonnée à la rigueur, dans un massif jamais.

L’eau bouillante. Efficace sur une plantule dans un joint de dalle, dérisoire sur un rhizome à un mètre. La chaleur ne descend pas.

Ce qui les réunit, c’est qu’ils s’attaquent à ce qui se voit. Le liseron ne vit pas là.

Le confondre avec son cousin

Deux liserons vivent dans les jardins et on les traite pareil, mais autant savoir lequel on a.

Jardiner Autrement signale la confusion : « Le liseron des champs peut être confondu avec le liseron des haies (Calystegia sepium). » La distinction se fait à la fleur, et le portail donne le critère : « Les fleurs du liseron des haies sont rarement de couleur rose et sont plus grosses que celles du liseron des champs. »

En pratique : petites fleurs en entonnoir, blanches ou rosées, de deux à trois centimètres, portées par une tige rampante ou volubile, c’est le liseron des champs. Grandes corolles blanches de cinq à six centimètres, sur une plante qui grimpe haut dans une haie, c’est le liseron des haies.

Ce qu’il fait aux plantes voisines

Ce n’est pas seulement une question d’aspect, et c’est ce qui justifie de s’en occuper.

Jardiner Autrement mesure le tort : « Le système racinaire puissant du liseron lui permet de s’accaparer l’eau et les éléments nutritifs au détriment des autres plantes. » Et le portail ajoute qu’il « a un impact important sur les massifs de plantes ornementales vivaces ».

S’y ajoute le mécanique. Le liseron s’enroule sur ce qu’il trouve, et sur une tige tendre il serre. Un jeune rosier, un pied de pivoine, une vivace fine se retrouvent ligaturés et couchés en quelques semaines.

Vivre avec, à un endroit

Je n’ai jamais éliminé le liseron d’aucun de mes massifs. Je l’ai fait reculer, ce qui n’est pas la même chose, et je lui ai laissé un talus où il grimpe sur un grillage sans gêner personne.

La fleur, il faut bien le dire, est jolie : un entonnoir simple, blanc rosé, qui s’ouvre le matin et se referme avant le soir. Elle ne se sèche pas, la corolle se froisse en quelques heures et ne se rattrape pas, ce qui la met hors de portée de tout ce qu’on suspend à l’ombre. C’est une fleur qui ne se garde qu’en regardant.

Le rythme que je tiens sur les zones qui comptent : une coupe à ras toutes les deux semaines d’avril à septembre, un paillage épais l’hiver, et rien d’autre. La troisième année, il ne restait plus que des pousses isolées, faciles à sectionner du bout du sécateur en passant.