Que faire des fleurs après un enterrement, sans rien gâcher
Ce qui reste sur la tombe, ce qu’on peut rapporter, comment le faire sécher le jour même, et pourquoi le bloc vert ne va pas au compost.
Que faire des fleurs après un enterrement ? Les compositions restent au cimetière et la commune les retire au bout de quelques jours ; ce qu’on veut garder se prélève donc le jour même, deux ou trois tiges avant de partir, mises à sécher en rentrant. Le reste demande une décision de tri, et notamment le bloc vert qui tient les fleurs : il ressemble à de la mousse, c’est un plastique, et il n’a rien à faire dans un compost.
Ce qui reste sur place, et pendant combien de temps
Les compositions déposées le jour de la cérémonie restent sur la sépulture. Elles se fanent en quelques jours à quelques semaines selon la saison et le temps : le froid ralentit beaucoup les choses, la pluie et le vent les accélèrent, et les pétales blancs brunissent au premier contact. C’est ensuite la commune qui les enlève, dans le cadre du règlement de son cimetière.
Ce calendrier n’est écrit nulle part de façon uniforme, et il varie d’une commune à l’autre. Le règlement du cimetière est affiché à l’entrée ou consultable en mairie, et c’est le seul document qui dise ce qui est autorisé, ce qui est ramassé et à quel rythme. Je n’ai trouvé aucune règle nationale sur ce point, et je ne vais pas en inventer une.
La conséquence pratique est simple : ce qu’on veut garder se prélève avant de quitter le cimetière, pas huit jours plus tard. Personne ne pense à le faire ce jour-là, et c’est normal. Si quelqu’un de l’entourage peut y penser à la place de la famille, c’est un vrai service.
Quelles fleurs sèchent bien, et lesquelles noircissent
Toutes ne se valent pas, et l’écart est net.
Celles qui sèchent presque toutes seules : la rose, l’œillet, le statice, la gypsophile, l’hortensia, l’eucalyptus, les graminées. Elles ont peu d’eau dans les pétales et une structure qui tient. La rose fonce en séchant, souvent de deux tons : une rose pâle vire au vieux rose, une rouge au bordeaux sombre. Ce n’est pas un ratage, c’est le comportement normal.
Celles qui ne sèchent pas : le lys, la tulipe, le glaïeul, l’iris, l’arum. Ce sont des fleurs charnues et gorgées d’eau, elles brunissent et se replient sur elles-mêmes. Le lys est le cas le plus fréquent dans les compositions funéraires, et c’est précisément celui qui ne donnera rien. Autant le savoir avant d’y attacher un souvenir.
Le chrysanthème est entre les deux. Les pomponnettes à petites fleurs doubles sèchent correctement en gardant leur forme ; les grosses fleurs japonaises, non, elles s’affaissent. Si le choix se pose, prendre une pomponnette.
Les faire sécher, le jour même
La méthode tient en trois gestes et ne demande qu’un fil.
On retire toutes les feuilles de la tige, qui sèchent mal et retiennent l’humidité contre elle. On lie deux ou trois tiges ensemble, pas plus, par un élastique plutôt que par une ficelle : les tiges maigrissent en séchant et un nœud fixe finit par les lâcher. On suspend tête en bas dans une pièce sombre, sèche et où l’air circule, deux à trois semaines. La lumière mange la couleur, l’humidité mange la forme.
Un point qui compte plus qu’on ne croit : une fleur qui entre humide dans le séchage moisit au cœur avant d’avoir séché en surface, et on ne s’en aperçoit qu’en la touchant trois semaines plus tard. La règle vient des herbiers, où l’enjeu est le même. Tela Botanica, le réseau des botanistes francophones, l’écrit dans sa fiche sur la réalisation d’un herbier : « Les plantes ne doivent pas être récoltées un jour de pluie ou s’il y a beaucoup de rosée car les échantillons risquent de pourrir au séchage. » Des fleurs prélevées sous la pluie s’épongent au papier absorbant avant d’être suspendues.
Le détail de la méthode, les cas particuliers et le gel de silice pour les fleurs déjà ouvertes sont dans le guide du séchage, et le cas de la rose a le sien.
Les bouquets reçus à la maison, qui ne suivent pas la même règle
Une partie des fleurs n’arrive jamais au cimetière : ce sont les bouquets envoyés au domicile dans les jours qui suivent. Ceux-là posent le problème inverse. On les met dans un vase, ils tiennent une semaine, et c’est au moment où ils commencent à tomber qu’on se demande quoi en faire, c’est-à-dire trop tard.
Une fleur destinée au séchage se prélève à demi ouverte et pas fanée. Sur un bouquet reçu, ça veut dire le deuxième ou le troisième jour, pas le septième. On sort deux ou trois tiges du vase pendant qu’elles sont belles, on les suspend, et on laisse le reste finir dans l’eau. C’est contre-intuitif parce qu’on a l’impression de gâcher un bouquet encore frais, et c’est pourtant la seule façon d’obtenir autre chose qu’une fleur brune.
Une tige qui a passé cinq jours dans un vase sèche quand même. Elle sèche fanée, et elle le restera : le séchage fixe l’état de la fleur, il ne le répare pas. C’est la seule chose que je répète à chaque fois qu’on me pose la question, parce que c’est celle qui décide du résultat.
Le bloc vert qui tient les fleurs, et ce qu’il est vraiment
Sous les fleurs d’une couronne, d’une gerbe ou d’un coussin, il y a presque toujours un bloc vert imbibé d’eau qui tient les tiges. Il ressemble à de la mousse, il en a le nom, et il n’en est pas. Les fabricants le désignent pour ce qu’il est : une mousse phénolique, à base de résine phénol-formaldéhyde. C’est un plastique alvéolaire.
Ce que ça change, concrètement : il ne se composte pas, il ne se recycle pas, et il ne va pas dans le bac de déchets verts. Il s’émiette au moindre frottement en particules qui ne se dégradent pas, et un bloc écrasé dans un composteur y reste. Sa place est dans les ordures ménagères, entier, sans essayer de le rincer : l’eau de rinçage emporte les particules dans les canalisations.
Des versions dites biodégradables existent depuis quelques années. Leur fabricant annonce une dégradation de 91 % en trois ans en milieu anaérobie, ce qui est une performance de laboratoire et pas une consigne de tri : sauf mention explicite sur l’emballage, on traite le bloc comme un plastique. Et rien ne permet de distinguer les deux à l’œil une fois la composition montée.
Le geste utile, si on démonte une composition : retirer les tiges du bloc plutôt que de tout jeter ensemble. Les fleurs partent avec les déchets verts, le bloc aux ordures ménagères. Ça prend deux minutes.
Et les fleurs elles-mêmes ne vont pas n’importe où. L’ADEME, dans sa fiche sur les déchets verts, pose deux consignes qui prennent tout leur sens ici. La première : « Ne pas jeter les déchets verts avec les ordures ménagères, ils doivent être triés séparément. » La seconde surprend plus : « Ne pas déposer les déchets verts dans les composteurs de ville ou de quartier. Ces composteurs sont prévus pour les déchets alimentaires. » Le composteur du bas de l’immeuble n’est donc pas la solution pour un bouquet fané, même s’il en a l’air.
Restent le composteur du jardin, qui les accepte très bien, la benne à déchets verts de la déchèterie, ou la collecte de la commune quand elle existe. L’ADEME rappelle par ailleurs qu’« il est interdit de brûler des déchets verts chez soi », ce qui vaut aussi pour un fond de composition.
Les rubans, les armatures et le fil
Le reste d’une composition funéraire se trie sans difficulté une fois qu’on sait quoi chercher.
L’armature d’une couronne est un cercle de fil de fer, parfois habillé de paille ou de mousse végétale. Le métal se met avec les métaux en déchetterie ; la paille et la mousse végétale, elles, se compostent.
Le ruban imprimé, celui qui porte les mots, est du polyester ou du satin synthétique dans la quasi-totalité des cas. Il ne se composte pas. Beaucoup de familles le gardent, et c’est l’objet le plus simple à conserver de toute la composition : il ne s’abîme pas.
Le fil de fleuriste, ce fil vert fin qui tient chaque tige, se retrouve partout dans les fleurs et passe inaperçu. Il finit régulièrement dans les composteurs et dans les broyeurs de déchets verts, où il ne fait rien de bon. Il se retire en même temps que les tiges.
Si on ne garde rien
C’est un choix parfaitement légitime, et le plus fréquent. Dans ce cas, il n’y a rien à faire : la commune s’en charge selon le règlement de son cimetière, et les compositions suivent le circuit des déchets du site.
La seule chose qui mérite une décision, c’est le moment où on l’annonce. Les proches qui ont envoyé des fleurs demandent souvent, quelques semaines plus tard, ce qu’elles sont devenues. Une fleur séchée, une seule, gardée dans un livre ou dans un cadre, suffit à répondre sans avoir à s’expliquer. C’est d’ailleurs à peu près le seul usage pour lequel on m’écrit à propos de séchage : garder une fleur d’un jour précis.
Ce que cet article ne couvre pas
Le choix et le prix des fleurs avant la cérémonie, qui obéissent à une autre logique : c’est le sujet de la couronne de fleurs pour un enterrement. Et l’entretien des plantes en pot laissées sur une tombe, qui est une question de saison et pas de séchage : le chrysanthème de Toussaint s’en occupe.