Les fleurs d’octobre, et celles qui sèchent sans moisir
Le dernier mois du jardin avant les gelées, et le meilleur pour constituer une réserve qui tiendra tout l’hiver.
Les fleurs d’octobre sont le dahlia, le chrysanthème, l’aster, l’anémone du Japon, l’hortensia en fin de course, la bruyère, le tournesol tardif et la rose remontante. C’est le dernier mois où le jardin donne vraiment, et le premier où tout peut s’arrêter en une nuit : la première gelée met un point final à la moitié de cette liste. D’où l’intérêt particulier d’octobre pour qui veut garder ses fleurs plutôt que les regarder faner, car trois de ces huit sèchent remarquablement bien et les autres pas du tout.
Ce qui fleurit encore, et pourquoi ces fleurs-là
L’automne n’est pas une saison pauvre au jardin, c’est une saison courte. Les vivaces qui donnent en octobre ont en commun d’avoir passé l’été à faire des feuilles et de ne fleurir qu’au moment où la longueur du jour diminue. La Société nationale d’horticulture de France, dans sa fiche consacrée au chrysanthème, les cite ensemble et la formule dit bien le trio qu’on retrouve dans tous les jardins : on le plante « en avant de massifs d’arbustes avec des asters et des anémones du Japon dont la floraison est aussi automnale ».
À ces trois-là s’ajoutent quatre autres présences, de nature différente. L’hortensia n’est plus en fleurs au sens strict : ses inflorescences, c’est-à-dire ses grappes de fleurs, ont viré au vert, au rose fané ou au cuivré, et c’est précisément l’état qui nous intéresse plus bas. La bruyère commence, et elle tiendra jusqu’en décembre. Le tournesol finit, sur les semis tardifs de juin. Et la rose remontante donne encore, souvent jusqu’aux premières gelées, un point que j’ai détaillé dans mon article sur la saison des roses.
Le dahlia est roi d’octobre, et le premier à partir
La SNHF ne mâche pas ses mots à son sujet : « En arrière-saison, le dahlia est incontestablement le roi des jardins. Septembre et octobre sont ses mois de splendeur, n’en déplaise aux concours de fleurissement qui le négligent trop. »
C’est vrai en couleur comme en volume. Un massif de dahlias en octobre donne plus de fleurs coupées qu’en août, parce que la plante a eu tout l’été pour construire ses réserves et que les nuits fraîches allongent la tenue des pétales.
Mais la même fiche donne l’autre moitié de l’histoire, et elle est datée par la météo plutôt que par le calendrier : « Le dahlia n’aime pas le froid. Le laisser en terre pendant la mauvaise saison représente un vrai risque. On l’arrachera donc dès les premières gelées. »
La conséquence pratique est simple et souvent découverte trop tard. Octobre n’est pas un mois qui s’étire : c’est un compte à rebours. La première nuit à moins un degré noircit les feuilles de dahlia en quelques heures et ruine les fleurs ouvertes. Ce qui n’a pas été coupé avant est perdu, et l’écart entre une bonne et une mauvaise année tient à une semaine d’avance ou de retard.
Celles qui sèchent, celles qui ne sèchent pas
C’est ici que le mois prend un intérêt qui dépasse le bouquet du dimanche. Parmi les huit fleurs d’octobre, la répartition est très inégale, et elle ne suit pas du tout ce qu’on imagine en les regardant.
| Fleur d’octobre | Au séchage | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Hortensia | excellent | seulement cueilli TARD, quand les sépales ont pris une texture de parchemin sous les doigts. Cueilli en pleine couleur d’été, il se ratatine. |
| Bruyère | excellent | sèche presque toute seule, garde sa couleur, ne perd rien. La plus fiable de la liste. |
| Aster | bon | tête en bas, à l’ombre. Les fleurs rétrécissent mais tiennent, le violet passe au mauve pâle. |
| Rose | bon | coupée en bouton entrouvert, jamais épanouie. |
| Chrysanthème | médiocre | trop d’eau dans le cœur du capitule, il moisit avant de sécher. Réservé au séchage à plat. |
| Dahlia | mauvais | même problème, en pire. Les pétales charnus tombent un à un dès qu’on le manipule. |
| Anémone du Japon | mauvais | pétales trop fins, ils deviennent translucides et se déchirent. |
| Tournesol | selon la taille | les petites variétés sèchent bien, les grosses têtes s’affaissent sous leur propre poids. |
La règle générale se lit dans le tableau et elle vaut au-delà de ces huit : ce qui contient beaucoup d’eau sèche mal. Un capitule épais et charnu comme celui du dahlia ou du chrysanthème met plusieurs jours à perdre son humidité, et pendant ces jours-là il moisit de l’intérieur. Une inflorescence légère et déjà à demi lignifiée, comme la bruyère ou l’hortensia tardif, a fait la moitié du travail toute seule.

C’est aussi pour cette raison que l’hortensia d’octobre n’a rien à voir avec l’hortensia de juillet. Le même arbuste, la même fleur, deux résultats opposés selon la date de coupe. La méthode complète est dans mon guide du séchage des fleurs.
J’ai longtemps coupé les miens trop tôt, quand ils étaient encore franchement roses. Ils moisissaient en séchant, sans exception. Attendre coûte les trois semaines de l’année où l’on a le plus envie de couper, et c’est tout le problème.
Le bon moment pour couper, dans le mois
Trois repères suffisent, et ils ne demandent pas de thermomètre.
Couper le matin, après la rosée. Une tige coupée en fin de journée a passé la journée à transpirer et arrive déjà déshydratée. Une tige coupée trop tôt est mouillée. Le créneau utile va de la disparition de la rosée à la mi-matinée.
Ne pas attendre le plus beau jour. C’est le réflexe le plus coûteux d’octobre. On voit un massif superbe, on se dit qu’on coupera le week-end suivant, et il gèle le jeudi. Pour tout ce qui doit être séché, le stade de coupe est de toute façon avant le plein épanouissement.
Regarder la météo à dix jours, pas le calendrier. La première gelée arrive en octobre dans le nord-est et sur les plateaux, souvent en novembre seulement sur la façade atlantique et le pourtour méditerranéen. L’écart entre deux régions dépasse facilement un mois, ce qui rend toute date fixe inutile.
Après la première gelée
Le jardin change de nature en une nuit, et ce qui reste n’est pas rien.
La bruyère continue, imperturbable, et les chrysanthèmes tiennent le froid modéré. Les hortensias fanés restent en place tout l’hiver et se cueillent aussi bien en novembre ou en décembre : c’est même souvent à ce moment que leur texture est la meilleure. Les graminées, elles, entrent dans leur meilleure période et prennent le relais dans les bouquets d’automne.
Octobre n’est d’ailleurs pas qu’un mois de récolte : c’est aussi celui où l’on met en terre ce qui donnera les bouquets de l’été prochain, et j’ai détaillé quoi planter en octobre quand on veut des fleurs à sécher. La liste est plus courte qu’on ne l’imagine.
Ce qui disparaît, en revanche, disparaît vraiment : dahlias, anémones du Japon, dernières roses. Il n’y a pas de demi-mesure et pas de rattrapage. C’est cette brutalité qui fait d’octobre un mois à traiter comme une récolte plutôt que comme une saison.
Une précision honnête pour finir. Les appréciations de séchage du tableau valent pour un séchage à l’air, tête en bas, dans un local sombre et aéré, qui est la méthode la plus courante et la moins équipée. Le pressage à plat, la glycérine ou le gel de silice changent les résultats, parfois complètement : un chrysanthème pressé donne un très bel objet plat là où le même chrysanthème suspendu finit au compost.