Bulbe de jacinthe posé sur le col d’une carafe en verre, une pousse verte au sommet, des racines blanches descendant dans l’eau dont la surface reste sous le bulbe, sur un rebord de fenêtre

Entretien

Jacinthe, planter en octobre et la faire fleurir pour Noël

Un bulbe, deux calendriers : la pleine terre pour un parfum en mars, la carafe pour une fleur en décembre. Et ce qu’on fait du bulbe ensuite.

La jacinthe se plante à l’automne, de septembre à novembre, à huit ou dix centimètres de profondeur dans une terre qui draine, et elle fleurit en mars ou avril avec le parfum le plus fort du jardin de printemps. Le même bulbe, acheté « préparé », se force en intérieur à partir d’octobre pour fleurir à Noël. Les deux méthodes se ressemblent, elles ne se confondent pas, et un bulbe forcé ne se jette pas une fois fané. C’est ce que j’ai mis le plus de temps à apprendre.

Ce que c’est, en deux lignes

La jacinthe des jardins, Hyacinthus orientalis, est une plante à bulbe venue du Proche-Orient et travaillée par les horticulteurs depuis des siècles, surtout aux Pays-Bas. Une hampe unique, dense, entre vingt et trente centimètres, couverte de petites fleurs en étoile : blanc, bleu, rose, violet, jaune pâle. Elle est rustique. La fiche que lui consacre la Société nationale d’horticulture de France tient en une phrase pour ce point : « Bulbe résistant au froid, craint les excès d’eau. » Tout ce qui suit découle de la seconde moitié de la phrase.

En pleine terre, pour mars

On plante à l’automne, et la SNHF donne les chiffres : « Enterrez les bulbes à environ 8 à 10 cm de profondeur », dans un sol « léger, humifère mais avec des matières organiques très bien décomposées », à une exposition « ensoleillée à mi-ombre ». En terre lourde, une poignée de sable grossier au fond du trou évite au bulbe de baigner. La pointe en haut, la base plate en bas, et une dizaine de centimètres entre deux bulbes pour qu’ils ne se gênent pas.

La floraison arrive « mars-avril en pleine terre suivant la région, le temps et l’exposition ». Elle dure deux à trois semaines, et le parfum porte à plusieurs mètres. Je les mets près d’un passage, jamais au fond du massif : une jacinthe qu’on ne sent pas est une jacinthe gâchée. Elles s’accordent avec tout ce qui se plante au même moment, et j’en glisse quelques-unes dans chaque plantation d’octobre.

Après la floraison, la règle est la même que pour tous les bulbes, et c’est celle qu’on a le plus envie de contourner : on laisse le feuillage jaunir. La SNHF : « Laisser le feuillage jaunir avant de récupérer les bulbes et de les stocker au sec avant leur plantation à l’automne suivant. » Les feuilles vertes refont les réserves du bulbe pour l’année d’après. Les couper pour faire propre, c’est se priver de la floraison suivante. Elles peuvent rester en place, feuillage et tout, le jaune se cache derrière des plantes qui démarrent.

En carafe, pour Noël

La jacinthe est le bulbe qu’on force le plus, et le plus simple. Il faut un bulbe préparé, c’est écrit sur le sachet : la SNHF dit de forcer « de gros bulbes de cultivars de jacinthe orientale », et précise que « Ceux-ci sont préparés à cet effet avec des techniques spéciales. » Un bulbe de jardin ordinaire, mis en carafe en octobre, fleurira aussi, mais en février ou mars.

Ce que « préparé » veut dire, un expert d’Hortiquid, le service de questions de la SNHF, l’a expliqué en janvier 2015 à quelqu’un qui avait reçu des jacinthes à Noël. La jacinthe a besoin, pour boucler son cycle, d’une séquence de « températures élevées (été), températures basses (hiver) puis des températures moyennes (printemps) ». Le forçage est un traitement thermique qui lui fait vivre cet hiver à l’avance, en chambre froide, pour raccourcir le cycle. Le bulbe croit que le printemps est là quand vous le posez sur la carafe.

La carafe elle-même a un col étroit qui retient le bulbe au-dessus de l’eau. Le point qui compte : l’eau ne touche pas le bulbe. Elle s’arrête à un doigt sous le plateau, et ce sont les racines qui descendent la chercher. Un bulbe qui trempe pourrit, sans exception. Ensuite la carafe va au frais et dans le noir, une cave, un garage, un placard contre un mur froid, le temps que les racines emplissent l’eau et que la pousse sorte de quelques centimètres. C’est la partie que j’ai ratée la première fois, en posant la carafe directement sur la fenêtre du salon : la pousse est montée vite, molle, et la fleur est restée coincée dans le bulbe. Les racines d’abord, la lumière ensuite.

Quand la pousse fait la hauteur d’un pouce, la carafe monte à la lumière, dans une pièce fraîche d’abord, puis où l’on veut. La hampe se colore en une dizaine de jours. Compter environ dix à douze semaines entre la mise en carafe et la fleur, ce qui place la mise en route début octobre pour Noël. Un bulbe mis en pot dans du terreau, au frais et au noir de la même façon, suit le même calendrier et donne une plante plus stable.

En pot et en jardinière

La jacinthe se plaît en pot, à condition de respecter les mêmes règles qu’en terre, avec une exigence de plus sur le drainage. La SNHF donne la densité : en pot, « prévoyez 5 à 6 bulbes dans un pot de 25 à 30 cm de diamètre », donc serrés, sans se toucher. Un lit de billes d’argile ou de gravier au fond, un terreau de plantation allégé d’un tiers de sable, et les bulbes enterrés de sorte que la pointe affleure. Le pot passe l’hiver dehors, contre un mur, et rentre à la lumière quand les pointes sortent. Une potée qui fleurit sur la table de la terrasse en mars parfume le petit déjeuner, ce qui est un argument.

En jardinière de balcon, le risque est le gel du contenant, plus dur pour le bulbe qu’un gel de pleine terre : une jardinière étroite gèle de tous les côtés. Un emballage de papier bulle ou de toile de jute autour du bac, les nuits les plus froides, règle la question. L’arrosage reprend au départ des feuilles, léger, et s’arrête quand le feuillage jaunit.

Couleurs et formes

Les variétés se comptent par centaines, et elles se rangent en trois formes. La jacinthe simple, une hampe dense et régulière, est la plus courante et la plus parfumée. La double, aux fleurs pleines, tient un peu moins bien la pluie. La multiflore pousse plusieurs hampes plus lâches par bulbe, dans un esprit plus sauvage qui va mieux dans un massif naturel qu’en bordure tirée au cordeau.

Pour les couleurs, le bleu et le blanc sont les valeurs sûres, le rose et le violet suivent, et les jaunes pâles ou les orangés restent des curiosités qui se remarquent. Les bleus foncés, presque violets, sont souvent les plus odorants à mon nez, mais c’est un avis, pas une mesure. Un conseil que j’applique : une seule couleur par pot ou par groupe. Les mélanges tout faits fleurissent rarement en même temps, et le résultat est un pot à moitié fané dès la première semaine.

Le bulbe forcé, après

C’est la question que tout le monde se pose en janvier, avec une jacinthe fanée sur la table. La réponse d’Hortiquid tient en trois temps. D’abord, après la floraison, placer le bulbe « dans un endroit frais (hors gel) avec une bonne luminosité » pour qu’il refasse ses réserves, feuillage compris, et un peu d’engrais aide. Ensuite, quand le feuillage a jauni, le sortir de terre et le remettre dans le bon sens du calendrier, ce que l’expert appelle « re-saisonnaliser » : au sec, « à 25°C pendant quelques semaines puis aux environs de 20°C », c’est-à-dire un été artificiel. Enfin le planter au jardin à l’automne, comme n’importe quel bulbe.

Il refleurira au printemps suivant, en pleine terre, plus petit et plus lâche que la première fois. Le forçage l’a fatigué, et il ne redonnera jamais la grosse hampe du sachet. Mais il refleurira des années. J’ai jeté mes premières jacinthes de Noël, et je le regrette : celles que j’ai replantées depuis forment maintenant une bordure en avril, moins spectaculaire qu’en carafe, et beaucoup plus parfumée que ce que j’aurais acheté pour le même coin. Pour une fleur de Noël qui vit ensuite au jardin, la jacinthe fait mieux que l’hellébore, qui elle n’aime pas du tout l’intérieur.

Ce qui cloche parfois, et pourquoi

Faut-il déterrer les bulbes chaque année ? Non. En terre qui draine, ils restent en place des années et refleurissent, en perdant un peu de vigueur. Je ne les sors que quand une touffe se dégarnit, pour la diviser.

Ma jacinthe a fleuri une fois, puis plus que des feuilles. Deux causes ordinaires : un feuillage coupé trop tôt l’année précédente, ou un sol trop riche en eau l’hiver. Plus rarement un bulbe planté trop peu profond, qui se divise en petits bulbes trop faibles pour fleurir. Replantez-les à dix centimètres, espacés, et attendez un an.

La hampe s’est couchée sous son poids. C’est fréquent sur les grosses variétés, surtout en pot. Un tuteur discret, ou un lien lâche, sans honte. En pleine terre, planter un peu plus profond et en groupe serré aide les hampes à se tenir entre elles.

Un bulbe qui a fleuri en carafe peut-il refaire une carafe l’an prochain ? Non, plus jamais dans la même forme. Il lui manque la préparation thermique, et ses réserves ont servi. Sa place est au jardin.

Deux précautions

Le bulbe de jacinthe irrite la peau. Ce ne sont pas des piquants, ce sont des cristaux minuscules dans la chair du bulbe, et après une après-midi à en planter à mains nues, les doigts démangent et pèlent. Des gants, et on n’y pense plus. Le bulbe ne se mange pas, il ne ressemble à un oignon que de loin, et il reste hors de portée des enfants et des animaux qui creusent.

La seconde précaution est celle du début : l’eau. En pot, la jacinthe demande un arrosage régulier mais léger, et un pot percé. En pleine terre, dans un coin qui garde l’eau l’hiver, le bulbe pourrit avant d’avoir fleuri, et rien ne le signale avant le printemps. Un bulbe qui a réussi une saison chez vous réussira les suivantes au même endroit : c’est la seule information fiable sur votre sol, et elle vaut tous les tests.