Un rosier buisson en pleine floraison dans un jardin en juin, portant une vingtaine de roses roses pâles ouvertes à des stades différents, sous une lumière de fin d'après-midi, avec un sécateur et un panier d'osier posés au pied du massif

Entretien

La saison des roses, et quand les couper pour les sécher

Une variété fleurit une fois, l’autre jusqu’aux gelées. Le calendrier du jardin, et le moment précis où l’on coupe.

La saison des roses au jardin commence fin mai et va jusqu’aux premières gelées, mais tout dépend du rosier : les variétés dites remontantes refleurissent plusieurs fois de juin à novembre, tandis que les rosiers anciens donnent une seule floraison, spectaculaire et courte, autour de juin. Un rosier qu’on aime se multiplie sans rien acheter, par bouture, en septembre. C’est cette différence qui explique qu’un massif soit couvert de fleurs en octobre pendant que celui d’à côté est nu depuis trois mois. Et pour qui veut sécher ses roses, le bon moment de coupe n’est pas le pic de floraison.

Quelle est la saison des roses au jardin

La Société nationale d’horticulture de France, dans sa fiche consacrée aux rosiers buissons, donne une réponse courte et utile : « Période de floraison : Mai-juin et jusqu’aux grosses gelées pour les variétés remontantes. » Tout tient dans la fin de la phrase.

Autrement dit, il n’y a pas une saison des roses mais deux régimes. Le premier est un feu d’artifice unique : le rosier donne tout en trois semaines, généralement entre la mi-mai et la fin juin selon la région, puis passe le reste de l’année en feuilles. Le second est une longue traîne : une première vague en juin, puis des vagues plus modestes qui se succèdent jusqu’à ce que le froid arrête la plante, souvent en novembre dans la moitié nord et parfois en décembre sur le pourtour méditerranéen.

La date exacte se décale d’environ deux semaines entre le sud et le nord de la France, et d’autant entre une année précoce et une année tardive. Ce sont des fourchettes, pas un calendrier de train.

Remontantes ou non remontantes, la différence qui décide de tout

Cette logique de floraison sur bois ancien ou sur bois neuf ne concerne pas que les rosiers, et elle explique bien des déceptions au jardin : c’est elle qui décide, par exemple, pourquoi un lilas ne fleurit pas quand on l’a taillé au mauvais moment de l’année.

Ce mot de remontante n’est pas un terme de catalogue, c’est un caractère génétique bien identifié. L’INRAE, qui a séquencé le génome du rosier, rappelle par la voix de Fabrice Foucher que « la remontée de floraison, capacité à refleurir plusieurs fois au cours d’une saison, a joué un rôle majeur dans le succès des rosiers au XIXᵉ siècle en France ». Ce caractère est arrivé d’Asie et a été croisé avec les rosiers européens, qui ne l’avaient pas.

C’est pour cette raison que les roses anciennes, celles des jardins de Joséphine, fleurissent une fois par an. Elles ont le parfum et la forme, elles n’ont pas la durée. Les roses modernes ont fait le chemin inverse.

Comment savoir ce qu’on a chez soi, sans étiquette ? Trois indices, dans l’ordre de fiabilité :

Indice Rosier non remontant Rosier remontant
Floraison une seule vague, mai-juin une vague en juin, puis d’autres jusqu’aux gelées
Après la première floraison forme des fruits, les cynorrhodons refait des boutons si on coupe les fleurs fanées
Parfum souvent puissant et complexe variable, parfois discret
Aspect de la fleur nombreux pétales, forme en quartiers bouton allongé, ouverture régulière

Le deuxième indice est le plus sûr, et il se teste : coupez les fleurs fanées de juillet. Si de nouveaux boutons apparaissent en trois à cinq semaines, le rosier est remontant. S’il ne se passe rien et que des petites boules rouges se forment, il ne l’est pas, et c’est très bien ainsi : ces cynorrhodons tiennent tout l’hiver et se travaillent en composition.

Pourquoi on trouve des roses au mois de février

La rose du fleuriste ne suit aucun de ces deux calendriers. Elle pousse sous serre chauffée aux Pays-Bas, ou en plein champ sur les plateaux d’altitude d’Afrique de l’Est et d’Amérique du Sud, où le jour dure douze heures toute l’année et où la plante ne connaît pas d’hiver. La floraison y est continue, et la logistique fait le reste.

Le résultat est un décalage complet entre la disponibilité et la saison. Le pic de demande tombe le 14 février, c’est-à-dire au creux absolu du calendrier français, et le prix suit : j’ai relevé les tarifs et le mouvement est net sur la rose rouge en particulier, comme le détaille ma page sur le prix des roses. À l’inverse, une rose de jardin cueillie un matin de juin ne coûte rien et n’existe pas dans le commerce.

Ce que ça change en pratique : si l’on veut des roses pour leur qualité de fleur, en particulier pour les faire sécher, la période d’achat ou de coupe la plus favorable est l’été, pas l’hiver.

Quel est le meilleur moment pour couper une rose à sécher

Voilà le point que le calendrier de floraison ne dit pas, et il est contre-intuitif. On ne coupe pas une rose à sécher quand elle est la plus belle : on la coupe juste avant. Le geste qui suit, lui, tient en trois semaines : comment faire sécher une rose une fois qu’elle est coupée.

Une rose complètement épanouie a des pétales déjà fragilisés, et ils se détachent au séchage. Le stade utile est celui du bouton entrouvert, quand les pétales extérieurs commencent à s’écarter mais que le cœur est encore serré. La fleur continue de s’ouvrir légèrement en séchant, et l’on obtient à la fin la forme qu’on croyait couper.

J’ai résisté longtemps à cette règle. On coupe la plus belle, celle qui est grande ouverte, et on la retrouve trois semaines plus tard sans la moitié de ses pétales au fond du carton.

Trois autres réglages comptent autant que le stade :

  • Le moment de la journée. En fin de matinée, quand la rosée est partie mais avant la chaleur. Une fleur coupée humide moisit avant de sécher.
  • Le moment de la saison. Les roses de la première vague, en juin, ont des tiges plus fermes et des couleurs plus tenues que celles d’octobre, poussées vite dans une plante fatiguée.
  • La couleur. Les roses foncées, rouges et bordeaux, brunissent nettement en séchant, tandis que les roses pâles et les crème gardent une teinte proche. Ce n’est pas un défaut de méthode, c’est la chimie des pigments.

La suite du procédé, suspension, durée et erreurs courantes, est détaillée dans mon guide sur comment faire des fleurs séchées.

Mois par mois, quelles roses attendre

Période Au jardin Pour le séchage
Mars-avril débourrement, premiers boutons au sud rien à couper
Mai ouverture des premières fleurs, sud puis nord trop tôt, tiges encore tendres
Juin pleine floraison, toutes variétés la meilleure période
Juillet-août creux, les remontantes reprennent correct, couper tôt le matin
Septembre-octobre seconde vague des remontantes possible, couleurs moins tenues
Novembre dernières fleurs jusqu’aux gelées cynorrhodons plutôt que fleurs
Décembre-février repos, taille en fin de période rien, hors serre et import

Un mot sur ce tableau : il vaut pour un jardin de plaine, en climat tempéré. En altitude tout se décale d’un mois, sur la côte méditerranéenne l’inverse. La règle qui ne bouge pas, elle, est celle du stade de coupe, parce qu’elle dépend de la fleur et non du ciel.