Pourquoi votre lilas ne fleurit pas, et quand le tailler
Neuf fois sur dix, les boutons ont été coupés avant d’avoir eu le temps de se former. Le calendrier exact, et les autres causes.
Pourquoi mon lilas ne fleurit-il pas ? Neuf fois sur dix, parce qu’il a été taillé trop tard dans la saison. Le lilas commun prépare les boutons de l’année suivante à partir du mois de juillet, à l’extrémité des rameaux : tout coup de sécateur donné après cette date enlève la floraison du printemps prochain, et l’arbuste répond en fabriquant des feuilles à la place. C’est la raison pour laquelle un lilas taillé chaque hiver « pour lui donner une belle forme » finit par ne plus rien donner du tout. Les autres causes existent, l’ombre et la jeunesse en tête, mais elles viennent loin derrière celle-là.
La taille au mauvais moment, la cause qui explique presque tout
Le service de questions-réponses Hortiquid, animé par la Société nationale d’horticulture de France, décrit le mécanisme dans une réponse consacrée à la position des futures fleurs sur un lilas : « Les bourgeons floraux du lilas commun (Syringa vulgaris) sont formés sur du bois de l’année, à l’extrémité des rameaux. La mise en place des ébauches florales commence au mois de juillet. » Ces bourgeons « restent dormants durant l’hiver » et n’ouvrent qu’au printemps suivant.
Traduit en gestes, cela veut dire trois choses. Les fleurs de mai prochain existent déjà sur votre arbuste dès la fin de l’été. Elles se trouvent au bout des branches, pas sur le vieux bois de la charpente. Et un rabattage d’hiver, qui paraît propre et qui raccourcit justement les extrémités, supprime exactement la partie qui portait la floraison.
La même réponse ajoute la phrase qui résume le problème : « Des tailles trop sévères ou effectuées à la mauvaise période peuvent nuire à la floraison et privilégier une croissance végétative. » Un lilas qui pousse vigoureusement, qui fait de belles feuilles larges et pas une fleur, n’est pas un lilas malade. C’est un lilas à qui l’on a demandé, sans le vouloir, de faire du bois.
La fenêtre de taille, et la date après laquelle il ne faut plus y toucher
La conséquence pratique tient en une ligne : on taille le lilas juste après sa floraison, et on a terminé avant juillet. C’est la réponse courte à la question de savoir pourquoi un lilas ne fleurit pas, et elle suffit dans la grande majorité des cas.
Concrètement, la floraison du lilas commun s’achève selon les régions entre la mi-mai et la mi-juin. La fenêtre utile s’ouvre dès que les panicules brunissent et se referme quelques semaines plus tard, quand l’arbuste commence à préparer l’année suivante. Une taille faite en juin est sans conséquence. La même taille faite en septembre, en janvier ou en mars coûte une saison entière.
Dans cette fenêtre, deux gestes suffisent et ils ne demandent aucune technique particulière. On coupe les panicules fanées juste sous leur base, avant qu’elles ne montent en graines, ce qui économise à l’arbuste une dépense inutile. Et on retire le bois mort, les branches qui se croisent et celles qui rentrent vers le centre, pour que la lumière atteigne l’intérieur de la couronne. Rien d’autre n’est nécessaire : le lilas n’est pas un arbuste qui réclame une taille annuelle.
Une remarque de calendrier, parce qu’elle revient chaque année. Si vous héritez d’un lilas au moment de l’achat d’une maison, en automne ou en hiver, la tentation est grande de le remettre en forme tout de suite. C’est le pire moment. Mieux vaut le laisser tel quel, le regarder fleurir au printemps, et n’intervenir qu’ensuite. On perd quelques mois d’esthétique et on gagne une floraison.
Les autres causes, dans l’ordre où elles se vérifient
Quand la taille n’est pas en cause, quatre pistes restent, et elles se contrôlent en quelques minutes sans rien déterrer. C’est aussi dans cet ordre qu’il faut les prendre : la question de savoir pourquoi mon lilas ne fleurit pas se règle presque toujours avant d’avoir eu à creuser le pied.
L’ombre. Le lilas fleurit au soleil. Un arbuste installé il y a quinze ans en pleine lumière peut se retrouver aujourd’hui sous le couvert d’un érable ou d’un thuya qui a poussé plus vite que lui. Le signe est net : la floraison se réduit d’abord du côté ombragé, puis disparaît. C’est la seule cause qui progresse lentement et qu’on ne remarque donc jamais.
La jeunesse. Un lilas issu de bouture ou de semis met plusieurs années avant sa première floraison, et un sujet acheté en conteneur passe souvent une saison entière à faire des racines avant de faire des fleurs. Un jeune plant qui ne fleurit pas la première année ne pose aucun problème. Au bout de quatre ou cinq ans, en revanche, la question se pose.
L’excès d’azote. Un lilas planté au bord d’une pelouse reçoit chaque printemps l’engrais destiné au gazon, qui est très riche en azote. L’azote fabrique du feuillage, et l’arbuste obéit. C’est la cause la plus facile à corriger et la plus souvent ignorée, parce que personne ne pense qu’un traitement appliqué à trois mètres de là concerne l’arbuste.
Les rejets du porte-greffe. Beaucoup de lilas de jardinerie sont greffés. Si des pousses partent du pied, en dessous du point de greffe, elles détournent la vigueur de la variété au profit d’un sujet sauvage qui, lui, fleurit peu et mal. On les reconnaît à leur feuillage souvent différent et à leur départ franchement au ras du sol. Elles se suppriment à la base, aussi près que possible de la souche.
Reste le gel tardif, qui grille les boutons déjà formés en avril. Celui-là ne se corrige pas et ne concerne qu’une année : si votre lilas a fleuri l’an dernier, qu’il n’a rien donné ce printemps et que le mois d’avril a été froid, il n’y a rien à faire ni rien à craindre pour l’année suivante.
Ce qui se rattrape cette année, et ce qui demande d’attendre
La distinction compte, parce qu’elle évite d’aggraver les choses en agissant trop vite.
Se rattrape dès maintenant : supprimer les rejets du pied, arrêter l’engrais à gazon dans un rayon de deux mètres, dégager les branches basses d’un voisin trop envahissant. Ces trois gestes n’ont pas de saison.
Demande d’attendre : la taille. Si vous lisez ces lignes en automne ou en hiver, le meilleur soin que vous puissiez donner à un lilas qui n’a pas fleuri est de ne rien lui faire du tout jusqu’au printemps. Les boutons de la saison prochaine sont déjà en place depuis juillet, et ils ne demandent qu’à être laissés tranquilles.
Demande plusieurs années : la remise en forme d’un lilas rabattu sévèrement pendant longtemps. Un arbuste qu’on a coupé court chaque hiver a fabriqué une charpente de bois jeune et vigoureux qui ne porte rien. Il faut lui rendre ses extrémités, donc renoncer à la taille pendant deux ou trois ans, et accepter qu’il soit un peu débraillé le temps qu’il refasse des rameaux longs. La récompense arrive, mais pas la première année.
Le lilas des Indes obéit à la règle inverse
La confusion est fréquente et elle mène à l’erreur exactement contraire, parce que les deux plantes n’ont de commun que leur nom français.
Toujours chez Hortiquid, une réponse d’avril 2015 consacrée à un lilas des Indes qui ne fleurissait plus pose la différence : « Le lilas des Indes, ou Lagerstroemia indica, est une plante de soleil, qui fleurit habituellement sur les pousses de l’année. » Sur les pousses de l’année, c’est-à-dire sur le bois qui sort au printemps et qui fleurit dans la foulée, en été. Une taille d’hiver, fatale au lilas commun, lui est au contraire favorable : elle provoque des pousses neuves, donc des fleurs.
La même réponse donne un critère de diagnostic qu’on ne lit nulle part ailleurs et qui se vérifie à la main : le lilas des Indes « ne fleurit généralement bien que si les rameaux sont de la taille d’un petit crayon au minimum ». Des rameaux plus fins que ça portent des feuilles et rien d’autre. Si le vôtre fait une forêt de brindilles, ce n’est pas qu’il manque de soleil, c’est qu’il a trop de bourgeons pour sa vigueur.
Retenez donc la règle en deux temps : le lilas commun fleurit sur le bois formé l’été précédent et se taille après sa floraison ; le lilas des Indes fleurit sur le bois de l’année en cours et se taille avant qu’elle ne commence.
Un lilas fleuri, et après
Les panicules qu’on coupe en juin finissent en général au compost, ce qui est dommage. Le lilas sèche mal en bouquet suspendu, ses fleurs se recroquevillent et perdent presque toute leur couleur en quelques jours, mais il se prête bien au séchage à plat, entre deux feuilles de papier, pour un herbier ou un cadre. La méthode et ses limites sont détaillées dans mon guide du séchage des fleurs.
Et si le sujet du calendrier de floraison vous intéresse au-delà du lilas, la même logique de bois ancien et de bois neuf commande la plupart des arbustes de jardin, à commencer par les rosiers, dont j’ai détaillé la saison et le moment de coupe. L’hortensia obéit à la même règle, et on le croit malade alors qu’il a seulement été taillé trop court.
Une dernière chose, dite franchement : les durées annoncées ici sont des ordres de grandeur, pas un calendrier de train. Un lilas de plaine et un lilas de moyenne montagne ne fleurissent pas la même semaine, et l’écart entre le nord et le sud de la France dépasse facilement trois semaines. Ce qui ne bouge pas, en revanche, c’est l’ordre des choses : floraison, puis taille, puis formation des boutons. Tant que vos gestes suivent cet ordre, la date exacte importe peu.