Feuille d’hortensia dont le limbe a jauni entre des nervures restées vertes, devant une tête de fleurs rose fané et brunie, floue

Entretien

Hortensia malade, le diagnostic par les feuilles et les fleurs

Feuilles jaunes, taches, fleurs brûlées, feutrage blanc : ce qui est une vraie maladie de l’hortensia, et ce qui n’est qu’une question d’eau, de sol ou de soleil.

La plupart des hortensias qu’on croit malades ne le sont pas. Une feuille qui jaunit entre ses nervures, une fleur qui brunit d’un côté, un buisson qui pend à midi et se redresse le soir : c’est le sol, le soleil ou la soif, pas un champignon. Les vraies maladies de l’hortensia sont peu nombreuses, elles se reconnaissent à l’œil, et elles viennent presque toutes de l’humidité qui stagne. Voici comment je fais le tri, dans l’ordre où je regarde.

D’abord ce qui n’est pas une maladie

Les feuilles jaunissent, mais les nervures restent vertes. C’est la chlorose, et c’est le sol qui parle. L’hortensia veut une terre acide, et dans une terre calcaire il n’arrive plus à prendre le fer dont il a besoin. Jardins de France, la revue de la Société nationale d’horticulture de France, décrit ces hortensias de terrain calcaire « régulièrement jaunes et rabougris », et recommande de creuser une grande fosse remplie de terre de bruyère et de terreau. La fiche de la SNHF va dans le même sens : « L’hortensia apprécie les sols acides, riches et frais. » Un traitement n’y changera rien, un paillage de feuilles ou d’écorces de pin et un apport de fer, si.

Les fleurs brunissent, surtout d’un côté. C’est le soleil de l’après-midi ou un coup de sec. Les têtes exposées grillent par la face qui regarde l’ouest, les autres restent intactes. Rien à traiter, il faut de l’ombre aux heures chaudes et de l’eau au pied.

Le buisson s’affaisse en pleine journée. Il a soif, tout simplement. La SNHF le dit d’une phrase : « L’hortensia a besoin d’humidité à proportion de la chaleur et de l’ensoleillement qu’il subit. » S’il se redresse le soir, il n’y a pas de maladie. S’il reste couché le matin, il faut arroser abondamment, et pailler pour que ça ne se reproduise pas.

Il ne fleurit pas. L’hortensia classique, Hydrangea macrophylla, fleurit sur le bois de l’année précédente. Une taille trop sévère au printemps, ou une gelée tardive sur les bourgeons, supprime la floraison de l’année sans que la plante soit malade le moins du monde. Le diagnostic est le même que pour un lilas qui ne fleurit pas : on a coupé ce qui devait fleurir.

Il est bleu chez le pépiniériste et rose chez vous. Ce n’est pas une maladie non plus, et j’ai mis des années à l’admettre. La couleur bleue demande un sol acide et des sels d’aluminium. Jardins de France précise qu’un hortensia bleu reste bleu dans un sol très acide, autour d’un pH de 4, grâce à l’aluminium présent naturellement ou apporté par le jardinier. Dans une terre ordinaire, il redevient rose. Le mien l’a fait en deux saisons.

Les vrais champignons, et comment les reconnaître

Un feutrage blanc, poudreux, sur les feuilles. C’est l’oïdium. La fiche de la SNHF est directe : « H. macrophylla est sensible à l’oïdium qu’il faut traiter au moyen de fongicide à base de soufre. » Le soufre mouillable s’achète en jardinerie et se pulvérise par temps sec, hors des grosses chaleurs. J’enlève d’abord les feuilles les plus atteintes, et je regarde pourquoi l’air ne circule pas : un hortensia serré contre un mur ou un autre arbuste attrape l’oïdium bien plus souvent que le même en plein air.

Un duvet gris sur les fleurs et les jeunes pousses, qui deviennent molles. C’est la pourriture grise, le botrytis, et il arrive avec les étés humides. Des taches rondes, brunes, parfois cerclées, sur les feuilles. Ce sont les taches foliaires, du même monde. La SNHF traite les deux ensemble : en cas d’humidité excessive, elle recommande de « supprimer les parties malades, de combattre la stagnation d’eau, de traiter au permanganate de potassium et de désinfecter les outils ». Je retiens surtout les deux premiers gestes et le dernier. Les fleurs pourries partent au compost, jamais au pied de la plante, et le sécateur passe à l’alcool entre deux buissons.

Des taches huileuses qui brunissent, un dessèchement rapide des tiges. Là on sort du courant. Le mildiou et les bactérioses existent sur l’hortensia mais restent rares dans un jardin ordinaire. Si une tige entière noircit et sèche en quelques jours, coupez-la largement sous la zone atteinte, brûlez ou jetez, et surveillez le reste. Si tout le pied suit, la cause est souvent sous terre : des racines qui pourrissent dans une terre qui ne draine pas.

Les bêtes

Elles font moins de dégâts que les champignons, et elles se voient. Les pucerons se groupent sur les jeunes pousses au printemps, un jet d’eau les décroche. Les araignées rouges arrivent par temps sec et chaud : feuilles ternes, piquetées de jaune, une toile fine dessous quand on regarde de près. Bassiner le feuillage le soir leur déplaît. Les cochenilles forment des amas blancs cotonneux sur les tiges, et se retirent à la main ou au coton imbibé d’alcool. Les otiorhynques, enfin, découpent le bord des feuilles en encoches nettes la nuit ; l’adulte est peu grave, ce sont ses larves, au collet, qui mangent les racines.

Ce que je fais, et ce que j’ai arrêté

J’ai arrêté d’arroser le feuillage. La SNHF le formule comme une règle : « Apportez l’eau au pied de l’arbuste et jamais par aspersion. » Presque tout ce qui précède, oïdium, botrytis, taches, aime une feuille mouillée le soir. Un tuyau posé au pied, ou un arrosoir sans pomme, règle la moitié du problème.

Je paille épais, en feuilles mortes ou en écorces, ce qui garde la terre fraîche et l’acidifie doucement. C’est aussi pourquoi les coquilles d’œuf n’ont rien à faire au pied d’un hortensia bleu : elles apportent du calcaire, qui le fait virer au rose. Je taille à la sortie de l’hiver, et pas plus : « Dès la fin de l’hiver, la taille des vieilles fleurs et des tiges mortes contribue à assainir la plante », dit encore la fiche. Les vieilles têtes protègent les bourgeons du gel pendant l’hiver, je les laisse jusqu’à mars. Et on peut renoncer à faire bleuir un hortensia qui ne veut pas l’être : la terre gagne toujours.

Les fleurs abîmées ne sont pas perdues

Une tête brûlée par le soleil ou marquée par la pluie ne guérit pas, mais elle sèche très bien. La fin d’été est justement le moment où les fleurs d’hortensia deviennent papier sur pied, un peu vertes, un peu rosées, et c’est à ce stade qu’elles se cueillent pour durer des mois. Coupées trop tôt, souples et pleines d’eau, elles se flétrissent ; coupées à ce stade, elles gardent leur forme. La méthode complète est dans le guide du séchage, et l’hortensia y est l’une des fleurs les plus faciles.

Une plante qui a eu de l’oïdium ou des taches n’est pas condamnée pour autant. L’hortensia est un arbuste robuste, capable de supporter des hivers rudes : la SNHF rappelle qu’au Japon, H. macrophylla « supporte des températures hivernales de -10 à -20 °C ». Ce qui le tue, ce n’est presque jamais un champignon. C’est un pied dans l’eau stagnante, ou un été de soleil sans arrosage. Deux choses qui se voient avant qu’il soit trop tard, si on regarde les feuilles.