Planter en octobre pour avoir des fleurs à sécher en été
Les listes du mois sont pleines de bulbes qui ne sécheront jamais. Trois exceptions, et le calendrier qui les commande.
Les fleurs à planter en octobre sont d’abord les bulbes à floraison printanière, tulipes, narcisses, crocus, muscaris et jacinthes. On installe aussi les vivaces et les bisannuelles achetées en godet, et on sème les annuelles rustiques qui passeront l’hiver dehors. La date limite pour les bulbes est le 15 novembre. Mais si vous plantez en pensant aux bouquets secs de l’été prochain, il faut savoir une chose que les listes du mois ne disent jamais : la quasi-totalité de ce qu’on met en terre en octobre ne se sèche pas. Il y a trois exceptions, et elles valent le détour.
Les bulbes de printemps, et la date à ne pas dépasser
C’est le geste emblématique du mois, et le seul qui ne souffre aucun report. Jardinons à l’école, le site pédagogique édité par SEMAE avec l’appui de VALHOR, résume la liste sans détour : « Plantez les bulbes à floraison printanière (crocus, perce neige, narcisse, tulipe, muscari…), les plantes vivaces et les aromatiques achetées en godet. »
Pour la tulipe, qui est de loin la plus plantée, la Société nationale d’horticulture de France donne à la fois l’échéance et le geste : « Elle s’effectue à l’automne, idéalement avant le 15 novembre. Plantez les bulbes pointe vers le haut à une profondeur égale à deux fois leur hauteur et espacez-les de 10 à 20 cm selon leur grosseur. »
Deux fois la hauteur du bulbe, c’est le repère qui évite les deux erreurs classiques. Trop peu profond, le bulbe gèle ou se déchausse à la première pluie forte. Trop profond, il monte mal et fleurit un an sur deux. Pour un gros bulbe de tulipe, on est autour de quinze centimètres ; pour un crocus, autour de cinq.
Le 15 novembre n’est pas une superstition. Un bulbe planté en octobre a le temps d’émettre ses racines avant que la terre ne descende sous les huit degrés, et c’est cet enracinement d’automne qui fait la floraison de mars. Planté en décembre, il fleurira quand même, plus tard et plus bas.
Ce qu’on sème en octobre et qui passe l’hiver dehors
C’est la partie que la plupart des listes escamotent, et c’est pourtant la plus intéressante pour qui veut des fleurs à couper.
La même source de SEMAE l’énonce : « Semez les annuelles rustiques (pois de senteur, centaurée, coréopsis, coquelicot…) en place ou en pépinière. Elles résistent bien au froid : vous les repiquerez au printemps. »
L’intérêt d’un semis d’automne sur un semis de printemps tient en un mot : l’avance. Une plante qui a passé l’hiver dehors, même minuscule, démarre en mars avec un système racinaire déjà en place. Elle fleurit trois à quatre semaines plus tôt qu’un semis d’avril, et elle fleurit plus longtemps parce qu’elle atteint sa taille avant les fortes chaleurs.
Le prix à payer est un taux de perte plus élevé, surtout en terre lourde qui retient l’eau. On sème donc plus dense qu’au printemps, quitte à éclaircir, et on évite les cuvettes où l’eau stagne.
La cause des échecs est presque toujours la même, et ce n’est pas le froid : c’est l’eau. Une jeune plantule qui a les racines dans un sol détrempé pendant trois semaines pourrit, quand la même plantule dans un sol drainé encaisse sans broncher des gelées à moins cinq. D’où deux gestes qui changent tout, et qui ne coûtent rien. Semer sur une planche légèrement bombée plutôt qu’à plat, pour que l’eau s’écarte au lieu de stagner. Et couvrir la ligne d’un centimètre de sable ou de terreau plutôt que de terre du jardin, qui fait croûte après la pluie et empêche la levée.
Un semis d’octobre n’a d’ailleurs pas besoin d’être réussi à cent pour cent pour être rentable. Même avec la moitié de pertes, ce qui survit fleurit un mois avant tout ce que vous sèmerez en avril, et ce mois d’avance est précisément celui où les fleurs manquent.
Les trois seules qui donneront des fleurs à sécher
Voilà le point qui n’apparaît sur aucune liste de saison, et il change la réponse à la question de savoir quelles fleurs planter en octobre quand on a l’atelier en tête plutôt que le massif. Sur tout ce qui se plante en octobre, presque rien ne supporte le séchage. Les bulbes de printemps sont les pires candidats de tous : tulipe, narcisse, jacinthe et crocus ont des pétales gorgés d’eau qui se recroquevillent en séchant et perdent leur couleur en quelques jours. On les plante pour le jardin de mars, pas pour l’atelier de juillet.
Les tulipes que je plantais en pensant aux bouquets de l’été suivant ont mis des années à me convaincre : superbes trois semaines, et rien à garder. Le décalage entre ce qu’on met en terre en octobre et ce qu’on pourra sécher est la déception la plus courante du mois.
Trois exceptions, dans l’ordre de leur intérêt.
L’ail d’ornement, autrement dit l’allium. C’est un bulbe, il se plante exactement comme une tulipe et à la même époque, mais son intérêt ne vient pas de sa fleur : c’est sa tête montée en graines qui sèche, en gardant sa forme sphérique parfaite et sa tige raide. On la coupe en juillet, une fois brunie sur pied, et elle tient des années sans autre soin. C’est la meilleure affaire du mois pour un bouquet sec.
Toutes les variétés d’allium ne se valent pas au séchage, et l’écart tient à la structure de la tête. Les grosses sphères pleines, du type Allium giganteum, sont spectaculaires en fleur mais lourdes une fois sèches et elles se dégarnissent en perdant leurs graines. Les têtes aérées tiennent bien mieux : Allium christophii, dont les étoiles restent accrochées, et Allium schubertii, dont les pédicelles de longueurs inégales forment une structure qui ne s’affaisse pas. Ce sont celles-là qu’il faut chercher au moment de l’achat, et elles se plantent exactement comme les autres.
La monnaie-du-pape, ou lunaire. Bisannuelle, donc semée ou plantée en godet à l’automne pour fleurir au printemps suivant et monter en graines l’été d’après. Ce sont ses siliques, ces disques translucides et nacrés, qui font tout l’intérêt, y compris à plat dans un herbier, et elles sont probablement la fleur séchée la plus reconnaissable du répertoire français. Il faut de la patience : comptez deux saisons avant la récolte.
La nigelle de Damas, qui fait partie des annuelles rustiques et se ressème d’ailleurs toute seule. Ses fleurs bleues durent peu, mais ses capsules gonflées et striées sèchent parfaitement et apportent une forme qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Semis d’octobre, récolte des capsules en juillet, puis le séchage suit la méthode habituelle décrite dans mon guide du séchage des fleurs.
Ces trois-là ont un point commun qui explique tout : ce qu’on en sèche n’est pas la fleur, c’est ce qui vient après. Une tête de graines, une silique, une capsule. Des organes déjà secs sur la plante, qui n’ont presque rien à perdre. C’est la même règle que celle qui sépare les bonnes et les mauvaises fleurs d’octobre, et je l’ai détaillée dans mon article sur ce qui fleurit en octobre et ce qui sèche sans moisir.
Ce qu’il ne faut surtout pas planter maintenant
Une liste courte, mais elle évite des pertes.
Tout ce qui craint le gel. Le dahlia est l’exemple type : octobre est le mois où on l’ARRACHE, pas où on le plante, ses tubercules ne passant pas l’hiver en terre dans la plupart des régions. Même chose pour les glaïeuls et les bégonias tubéreux.
Les annuelles frileuses. Cosmos, zinnias, tournesols et capucines se sèment au printemps. Semés maintenant, ils lèveront peut-être à la faveur d’un automne doux et mourront à la première gelée.
Les arbustes en racines nues, si votre terre est encore sèche. Octobre est théoriquement le meilleur mois pour eux, mais la règle réelle n’est pas une date, c’est l’état du sol : on plante après les premières vraies pluies, quand la terre s’émiette sans coller. Un automne sec repousse ce chantier à novembre sans aucun inconvénient.
Dans quel ordre s’y prendre
Si vous n’avez qu’un après-midi, l’ordre compte plus que l’exhaustivité.
D’abord les semis d’annuelles rustiques, parce que ce sont les seuls qui perdent quelque chose à attendre : chaque semaine de retard réduit la taille qu’ils atteindront avant l’hiver. Ensuite les bulbes, qui ont jusqu’au 15 novembre. Enfin les vivaces et bisannuelles en godet, qui peuvent attendre les premières pluies sans dommage.
Et une remarque sur les dates, parce qu’elle vaut pour tout cet article. Ce calendrier est celui d’un jardin de plaine en climat tempéré. En montagne ou dans le nord-est, tout se décale de deux à trois semaines vers l’avant ; sur le pourtour méditerranéen, d’autant vers l’arrière. Ce qui ne bouge pas, en revanche, c’est l’ordre des opérations et le principe du 15 novembre pour les bulbes, qui dépend de la température du sol et non du calendrier.