Un grand hyménoptère noir posé sur une large ombelle blanche de carotte sauvage, ailes ambrées écartées, quatre taches jaunes rondes disposées en deux rangs sur l’abdomen et du jaune vif sur la tête, dans un massif d’eupatoires roses de fin d’été

Repères

La scolie des jardins n’est pas un frelon

Quatre centimètres, une tête jaune, un vol lourd : ce qu’elle est, ce qu’elle fait là, et pourquoi il n’y a rien à faire.

La scolie des jardins ne pique pas les promeneurs. C’est le plus gros hyménoptère de France, jusqu’à quatre centimètres pour une femelle, et sa taille est exactement ce qui la rend inquiétante et inoffensive à la fois : son dard lui sert à paralyser une larve enterrée, pas à se défendre contre nous. On la croise en été sur les fleurs, elle butine, et elle repart.

La reconnaître en trois secondes

Trois signes suffisent, et aucun ne demande de s’approcher.

La taille, d’abord. Une femelle atteint quatre centimètres de long, pour une envergure proche de dix. C’est le double d’un frelon. Vue de loin, elle ressemble moins à une guêpe qu’à un petit oiseau maladroit.

Le jaune de la tête. C’est le détail qui tranche. Le corps est noir mat et velu, et la tête porte du jaune vif, largement étalé, qu’aucun de nos frelons n’affiche. Sur une bête de cette taille, ça se repère de loin.

Quatre taches jaunes sur l’abdomen, nettement séparées, sur fond noir mat. Pas de rayures continues, pas d’alternance régulière : quatre taches, et du noir entre elles.

Le vol achève l’identification. Il est lourd, bruyant, un peu pataud, et la bête se pose longuement sur une ombelle sans s’affoler quand on la regarde.

Est-ce qu’elle pique

La réponse courte est non, et la réponse honnête demande une phrase de plus.

La femelle possède bien un dard, et il est fonctionnel. Mais il ne lui sert pas à défendre un nid, parce qu’elle n’en a pas. La scolie ne vit pas en colonie : ni ouvrières, ni couvain à protéger, ni ce comportement d’attaque groupée qui rend une guêpe désagréable en août. Son dard est un outil de chasse, employé sous terre, sur une proie.

Une piqûre reste possible si on l’attrape à pleine main ou si on l’écrase contre soi. C’est le même risque qu’avec un bourdon, et il se règle de la même façon : on ne l’attrape pas.

Le mâle, lui, n’a pas de dard du tout. Il est plus petit, plus fin, avec des antennes plus longues, et c’est souvent lui qu’on voit patrouiller au ras des massifs au début de l’été.

Ce qu’elle fait dans un jardin

Deux choses, à deux étages différents, et c’est ce qui la rend intéressante.

En surface, elle butine. Les adultes se nourrissent de nectar et fréquentent les ombelles, les chardons, les eupatoires, la lavande en fin de floraison. Une scolie sur un massif dit surtout que le jardin fleurit encore, et ce qui fleurit à l’arrière-saison la retient bien après les autres.

Sous terre, sa larve parasite un scarabée. La base de données de systématique de l’université de Lille résume son régime en trois mots, larves parasites de scarabéidés. En pratique, la femelle fouille le sol jusqu’à trouver une larve de hanneton rhinocéros. Elle la paralyse d’un coup de dard, et pond un œuf dessus. La jeune scolie consommera cette réserve vivante avant de se transformer.

C’est macabre lu comme ça, c’est ordinaire chez les insectes, et ça explique tout le reste : son dard, sa taille, et l’endroit où on la trouve.

Pourquoi elle est chez vous et pas chez le voisin

Parce que sa proie y est. La larve de hanneton rhinocéros se développe dans le bois en décomposition, les vieilles souches, le terreau grossier et les tas de matière végétale qui se transforment lentement.

Autrement dit, un jardin qui composte, qui garde une souche, ou qui pratique le broyat offre à cette larve exactement ce qu’il lui faut, et attire donc la scolie deux ans plus tard. Voir la seconde est plutôt la preuve qu’on a bien fait la première.

Elle est aussi méridionale d’origine et remonte vers le nord depuis des années. La même base de systématique la signale désormais jusqu’en Normandie. Une scolie en Île-de-France n’est plus une curiosité.

Ne pas la confondre avec le frelon

C’est la confusion qui déclenche les appels aux pompiers, et elle se lève en un coup d’œil.

Scolie des jardins Frelon asiatique
Taille jusqu’à 4 cm environ 2 à 3 cm
Tête jaune orangé noire, face orangée
Corps noir mat, très velu brun-noir, lisse
Abdomen 4 taches jaunes séparées une large bande orangée
Pattes noires bouts jaunes
Nid aucun volumineux, en hauteur

Le critère qui ne trompe jamais est le dernier. La scolie est solitaire. S’il n’y a pas de nid, s’il n’y a jamais deux individus qui se suivent, et si l’insecte butine tranquillement une fleur, ce n’est pas un frelon.

Ce qu’il faut faire

Rien, et c’est la seule bonne réponse.

Il n’y a pas de nid à détruire puisqu’il n’y en a pas, et pas de population à réguler puisque chaque femelle vit seule. Il n’y a pas non plus de dégât à craindre : la scolie ne touche ni aux fruits, ni au bois, ni aux plantes. Sa larve mange un scarabée dont personne ne réclame la présence.

La première fois que j’en ai vu une sur les eupatoires du fond, j’ai reculé de trois pas avant de comprendre ce que je regardais. C’était en août. Elle est restée sur la même ombelle pendant que je faisais le tour du massif, sans montrer le moindre intérêt pour moi. Depuis j’en vois une ou deux chaque été, toujours au même endroit, toujours sur les mêmes fleurs.